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Les historiens grecs sont unanimes à mentionner le goût des Perses pour l’orfèvrerie. Hérodote décrit l’étonnement de ses compatriotes devant la grande variété d’objets précieux1 retrouvés dans le camp adverse, après la bataille de Platées2, et dit des Immortels [107] qu’« ils se distinguaient par l’or qui les parait à profusion3 ». Les reliefs de Persépolis [111] montrent une partie de ces productions, apportées en cadeaux au roi perse. Le roi Cyrus fut enterré avec des colliers et des « boucles d’oreilles incrustées de pierreries4 ». Darius lui-même, sur sa statue de Suse [106], arbore des bracelets décorés de têtes de bovidé. La fabrication de ces objets était soumise à des canons assez stricts5. Mais les témoignages directs en sont rares, car les pièces ont souvent été refondues6.

Le défunt était couché sur le dos dans un sarcophage de bronze en forme de baignoire. Le haut du corps était recouvert de bijoux somptueux ; le long des jambes étaient déposés deux vases en albâtre importés d’Égypte7 et une coupe à boire en argent à ombilic central et à décor floral8. Deux pièces de monnaie d’Arados9, frappées l’une de 350 et l’autre de 332 av. J.-C., permettent de dater la sépulture de la fin de l’Empire perse. Le sexe du personnage inhumé n’est pas connu10.

Un torque en or cannelé11 et deux bracelets12, incurvés dans la partie médiane et portés chacun à un poignet, appartiennent à une même parure ; ils sont, en effet, tous trois du même métal, ouverts et ornés aux extrémités de têtes de lion13, et travaillés selon des techniques identiques : fonte pour le jonc, puis traitement en champlevé ou en cloisonné de la zone appelée à recevoir des incrustations de nacre, de lapis-lazuli et de turquoise. Les conventions de stylisation des lions sont les mêmes que sur les reliefs14 : mèches parallèles sur le mufle, triangles crochus sur la crinière.

Les colliers constituent la série la plus importante. Des perles fusiformes en pierres de couleur alternent avec des perles d’or à granulations sur un collier à quatre rangées, tandis que, sur un autre, des pendeloques façonnées en bottes à bout recourbé15 sont suspendues à des perles. Trois rangs de perles fines, aux passants d’or incrustés de pierres semi-précieuses, venaient sans doute du Golfe16. Une parure comprenait soixante-cinq perles d’agate aux veines blanches ou bleutées, habilement mises en valeur au cours de la taille et symétriquement disposées17. Les boucles d’oreilles, des anneaux plats ouverts18, ressemblent à celles que portent les Archers [107]. Enfin sur deux boutons à face bombée19 apparaît, dans un décor en cloisonné, un personnage, souvent interprété comme Ahuramazda.

Les Perses aimaient associer l’or à des matières de couleur. Depuis peu, des trésors funéraires ont révélé que les Assyriens partageaient ce goût20.

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1 Parures, glaives, placages de mobilier, récipients divers…

2 Hérodote, L’enquête, IX, § 80.

3 Op. cit., VII, § 83.

4 Arrien, Anabase, VI, 29, 5-6.

5 Ces canons uniformisent la production d’un bout à l’autre de l’empire. Le roi voyageait beaucoup et recevait, au cours de ses déplacements des cadeaux qui devaient correspondre aux conventions établies pour l’orfèvrerie perse ; et les présents qu’il remettait de son côté faisaient circuler des modèles.

6 Les bracelets restent les témoignages les plus nombreux.

7 F. Tallon, dans cat. exp. The Royal City of Susa, New York, 1992, no 180.

8 Op. cit., no 170.

9 Ville phénicienne d’Arwad en forme d’île. Elle apparaît sur le bas-relief du Transport maritime du palais de Khorsabad.

10 La sépulture est dépourvue d’armes et, de ce fait, a paru féminine au fouilleur ; par ailleurs, elle comporte un torque, qui semble être une parure exclusivement masculine.

11 F. Tallon, op. cit. n. 7, no 171. Un torque de ce type est porté par Darius III sur la mosaïque du musée de Naples, et la statue de Ptah-Hotep du Brooklyn Museum montre un haut personnage égyptien, costumé comme un Perse, portant un pectoral égyptien et un torque aux extrémités terminés par des ibex (D. Schmandt-Besserat [éd.], cat. exp. Ancient Persia : the Art of an Empire, Austin, 1978, no 135 et, pour un torque semblable du même musée, no 77).

12 F. Tallon, op. cit. n. 7, nos 172-173.

13 Suivant une tradition qui a connu son plein développement au Luristan.

14 Par exemple, sur la frise des Lions du palais de Darius à Suse [105].

15 F. Tallon, op. cit. n. 7, no 174. La représentation de ce type de chaussure, à lacet souvent, est fréquente dans l’art iranien de l’âge du fer, notamment en céramique, cf. notice 92, n. 9.

16 C’est du Golfe que venaient les perles les plus réputées.

17 F. Tallon, op. cit. n. 7, no 177.

18 Avec fermoir à aiguille pivotante (F. Tallon, op. cit. n. 7, no 178).

19 F. Tallon, op. cit. n. 7, no 179.

20 La découverte des tombes de princesses à Nimrud, en 1988-1989, a permis d’appréhender directement l’orfèvrerie assyrienne et ses jeux de couleurs. Jusqu’alors, elle était avant tout connue par les représentation des reliefs. Sur cette découverte, cf. « The Newly Discovered Tombs at Nimrud », British Association for Near Eastern Archaeology, 2, 1989, pp. 25-27.

Bibliographie

J. de Morgan, « Découverte d’une sépulture achéménide à Suse », MDP, VIII, 1905, pp. 29-58.

P. Amandry, « Orfèvrerie achéménide », Antike Kunst, 1, 1958. 

F. Tallon, dans cat. exp. The Royal City of Susa, New York, 1992, pp. 242-252, nos 170-180.

 

P. Bernard, « Un torque achéménide avec une inscription grecque au musée Miho (Japon) », CRAI, novembre-décembre 2000, pp. 1371 et 1437.