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L’accès à l’Apadana de Persépolis [109] se faisait par les côtés nord et est, grâce à deux grands escaliers à double volée, dont la façade trapézoïdale était initialement décorée au centre de la même scène d’audience, quoique inversée, selon que Le défilé des tributaires [111] qu’elle annonçait se situait à droite ou à gauche1. Ces deux reliefs furent, dès l’Antiquité, déposés dans la Trésorerie et remplacés par de simples groupes convergents de Perses et de Mèdes2.

Le relief examiné ici provient de l’Escalier nord. Au milieu du panneau, le roi Xerxès Ier3 est assis sur son trône rehaussé par une estrade, dans une attitude hiératique, les pieds posés sur un tabouret4. Il serre, dans la main droite, un long sceptre et, dans la main gauche, une fleur de lotus5. Debout derrière lui, tenant la même fleur, le prince héritier, Darius6, tend la main droite vers le dossier du trône. À gauche de l’estrade, un eunuque en costume perse porte une serviette7, et un dignitaire en costume mède8 tient les armes du roi : hache de guerre et arc avec son étui.

Le sens général de la scène est éclairé par la présence du chambellan mède9, qui s’incline devant le souverain, pour lui annoncer l’arrivée des peuples porteurs de dons10. Le dignitaire met sa main droite devant la bouche, dans un geste qui, marquant le respect11, rappelle celui du nishqati babylonien [51], et il a dans la main gauche un bâton identique à celui des huissiers perses et mèdes qui introduisent les délégations.

L’audience se déroule dans l’espace clos du baldaquin royal, que soutiennent des montants verticaux placés de part et d’autre des personnages en costume mède. La protection du lieu est assurée à l’extérieur par des gardes dont la lance repose sur le pied12. La règle d’isocéphalie est appliquée à tous les personnages, en dehors du roi et de son fils, dont le statut exceptionnel transparaît également dans la taille, dans l’estrade qui les élève au-dessus du commun, dans les brûle-parfum qui les isolent des odeurs du monde.

La partie supérieure du panneau manque, mais, grâce à des éléments conservés sur le relief de l’Escalier est, et à certains reliefs des passages de porte de la salle aux Cent Colonnes, le riche tissage du dais peut être reconstitué, avec sa frise de lions bordée de rosettes convergeant vers le symbole du disque ailé13.

Le déplacement des reliefs vers la Trésorerie a soulevé bien des questions. Selon A. S. Shahbazi14, lorsque Xerxès Ier mourut de mort violente, le prince héritier, Darius, fut injustement accusé du meurtre par les coupables eux-mêmes, présents sur la scène d’audience, qui le poignardèrent devant son jeune frère Artaxerxès. Pour échapper à des souvenirs trop cruels de complicité involontaire, ce dernier, devenu roi, aurait fait remplacer les reliefs, mais sans se résoudre à les détruire. Leur scène centrale a fait l’objet de copies15.

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1 À droite pour l’Escalier nord et à gauche pour l’Escalier est, cf. notice 111.

2 Cette découverte est due à A. B. Tilia, Studies and Restorations at Persepolis and Other Sites of Fars, Rome, 1972. Pour l’emplacement de la Trésorerie, cf. notice 109.

3 L’analyse de la forme de la couronne du roi permettrait de reconnaître Xerxès Ier. Cf. H. von Gall, « Die Kopfbedeckung des persischen Ornats bei den Achämeniden », AMI, VII, 1974, pp. 145-161. Cette nouvelle identification est suivie par P. Calmeyer et A. S. Shahbazi, mais elle ne semble pas convaincre complètement M. Roaf, Iran, 21 : Sculptures and Sculptors at Persepolis, 1983, p. 139.

4 Le tabouret est un attribut royal. « Lorsque le roi descendait de son char, il ne sautait jamais à bas, bien que la distance fût courte jusqu’au sol, […]. plutôt un tabouret était toujours disposé à son intention, et il descendait en y posant le pied ; et le porteur du tabouret royal l’accompagnait toujours à cette fin » (Dinon, cité par P. Briant, Histoire de l’Empire perse. De Cyrus à Alexandre, Paris, 1996, p. 234).

5 Conformément à la représentation du Grand Roi dans l’art perse. Le monarque assyrien, sur les reliefs de Ninive, tient aussi une fleur de lotus.

6 Ce jeune prince, s’il avait survécu à son père, aurait régné sous le nom de Darius II.

7 Les serviteurs qui accompagnent le roi « sont là pour écarter de lui tous les désagréments physiques qui résultent de la chaleur excessive (parasol, serviette) » (P. Briant, op. cit. n. 4, p. 234).

8 Comportant une tunique longue et des pantalons larges.

9 Il est le chef des Mille, c’est-à-dire le chef de la garde personnelle du Grand Roi, sans qui personne ne peut être introduit devant le souverain. Les Grecs l’appellent le chiliarque, les Perses l’hazarapatish (P. Briant, op. cit. n. 4, p. 234).

10 Ces peuples vont défiler à droite derrière lui, en arrière de l’escalier.

11 Le chambellan semble envoyer un baiser au roi. Par ce rite qui correspond à une proskynèse, il reconnaît la majesté du souverain. F. Thureau-Dangin, dans son commentaire des peintures de Til Barsip [87], propose une interprétation des gestes des différents personnages : le roi qui donne audience porte en avant la main droite dans un geste de salutation ; le personnage qui lui fait face est le principal dignitaire, comme dans la scène d’audience de Persépolis, « il lève la main droite ouverte à hauteur de son visage, la paume en dedans. Ce geste […] exprime, semble-t-il, la crainte respectueuse de l’inférieur à l’égard de son supérieur, de l’homme à l’égard de son dieu » (F. Thureau-Dangin et M. Dunand, BAH, XXIII : Til Barsib, Paris, 1936, p. 49). Toutefois, à Til Barsip, la main reste éloignée du visage, ce qui n’est pas le cas à Persépolis.

12 Selon un usage déjà mentionné [107].

13 A. B. Tilia, op. cit. n. 2, fig. 3.

14 A. S. Shahbazi, « The Persepolis « Treasury Reliefs » Once More », AMI, 9, 1976, pp. 155-156.

15 Elles sont mentionnées par P. Briant, op. cit. n. 4, p. 222, notamment sur l’une des bulles de Daskyleion et sur le bouclier d’un combattant du sarcophage d’Alexandre.

Bibliographie

E. F. Schmidt, OIC, 21 : The Treasury of Persepolis and Other Discovertes in the Homeland of the Achaemenians, 1939, pp. 20-32.

—, Persepolis, I : Structures, Reliefs, Inscriptions, Chicago, 1953, pp. 162-169 et pl. 119-121 et, pour le côté nord, pl. 122-123.

A. B. Tilia, Studies and Restorations at Persepolis and Other Sites of Fars, Rome, 1972, pp. 191-208 et fig. 5-6.

A. S. Shahbazi, « The Persepolis “Treasury Reliefs” Once More », AMI, 9, 1976, pp. 151-156.

M. Roaf, Iran, 21 : Sculptures and Sculptors at Persepolis, 1983, pp. 114-117 et 138-139.

L. Trumpelman, Persepolis. Ein Weltwunder der Antike, Mayence, 1988, pp. 72-73, no 10 et fig. 14.