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L’Apadana du palais de Darius à Suse [105] formait avec ses quatre tours d’angle un carré de 109 m de côté. A l’intérieur de la vaste salle d’audience1 s’alignaient trente-six colonnes en six rangées de six ; à l’extérieur, une double rangée de six colonnes soutenait chacun des portiques des trois façades nord, est et ouest. La colonne était donc l’élément essentiel de cette architecture proprement perse. À Pasargades, elle était pour partie en pierre, pour partie en bois stuqué2 ; mais, à Suse et à Persépolis, elle s’élevait en pierre sur toute la hauteur. Décomposable en plusieurs éléments, base, tore, fût et chapiteau, elle présentait de légères différences, selon qu’elle se trouvait dans la salle de réception ou sous les portiques. Les bases étaient toutes carrées à l’intérieur de l’Apadana, elles étaient campaniformes à décor de languettes, de fleurs de lis et de boutons de lotus sous les portiques. Au-dessus de la base, un tore lisse donnait son assise au fût cannelé. Tous les chapiteaux étaient constitués d’un double protome de taureaux adossés, mais ceux de l’intérieur de la salle ajoutaient, entre le fût et la colonne, un élément de soutien intermédiaire : un double enroulement à rosettes posé sur un ornement en corolle palmiforme. Cette dernière composante manque sur l’exemplaire du musée du Louvre.

Les chapiteaux supportaient un plafond en bois, dont la charge, très inférieure à celle des plafonds de pierre des constructions égyptiennes, permettait d’espacer davantage les colonnes et de leur donner une forme élancée, atteignant 22 m de hauteur.

D’après la Charte de fondation du palais établie par Darius, la matière première de ces colonnes, un calcaire gris, provenait « d’un village du nom d’Abiradu, en Élam », dans les Zagros, et « les tailleurs […] étaient des Ioniens et des Lydiens » [105]. Les éléments décoratifs étaient, eux, de provenance variée, au service d’un art cosmopolite, soucieux d’établir la synthèse des cultures les plus diverses. Les bases campaniformes à décor floral des portiques et les ornements en corolle palmiforme des colonnes intérieures empruntaient à l’Égypte. Les volutes enserrant des rosettes imitaient ceux du temple d’Artémis à Éphèse3, le double enroulement des volutes étaient connu en Syrie-Phénicie. Les protomes de taureaux adossés étaient une reprise agrandie des amulettes mésopotamiennes du iiie millénaire.

Les poutres de bois du chapiteau présenté ici ont été ajoutées par le deuxième fouilleur du palais perse, Marcel Dieulafoy, qui s’est inspiré, pour cette reconstitution, du modèle de plafond proposé par la façade du tombeau de Darius à Naqsh-e Rostam [112].

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1 « Le Grand Roi reçoit et convoque fréquemment devant lui ses proches, les hauts officiers de la couronne ou encore les ambassadeurs étrangers. Ces audiences se déroulent dans l’Apadana, un vaste bâtiment qui peut contenir dix mille personnes » (P. Briant, Darius, les Perses et l’Empire, Paris, 1992, p. 40).

2 D. Stronach, Pasargadae, Oxford, 1978, p. 85 : dans la hâte à finir le palais P, les colonnes, initialement prévues en pierre sur toute la hauteur, furent exécutées en partie en pierre et en partie en bois stuqué.

3 Un exemple de chapiteau à rosace provenant de ce site se trouve au British Museum (renseignement aimablement fourni par Sophie Descamps, conservateur en chef au département des Antiquités grecques, étrusques et romaines du musée du Louvre).

Bibliographie

M. Dieulafoy, L’Acropole de Suse d’après les fouilles exécutées en 1884, 1885, 1886 sous les auspices du musée du Louvre, Paris, 1893, p. 325, fig. 203.

P. Amiet, Suse, 6000 ans d’histoire, Paris, 1988, fig. 79.

J. Perrot et D. Ladiray, « Le palais de Suse », Les dossiers d’archéologie, 210 : Les cités royales des pays de la Bible reconstituées, 1995, pp. 84-95.

R. Boucharlat, « L’architecture achéménide et ses origines », Les dossiers d’archéologie, 227 : Iran. La Perse de Cyrus à Alexandre, octobre 1997, pp. 65-66.