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Le cheval ne fut plus seulement attelé, mais également monté à partir de l’âge du fer1. L’animal sembla d’ailleurs bénéficier d’un statut particulier, puisqu’il eut parfois droit à sa propre sépulture2. Très vite, les pièces de harnachement se multiplièrent. Une des plus anciennes paires de plaques de mors connues provient de la nécropole de Marlik3. Ces objets restent toutefois encore très rares aux débuts de l’âge du fer4. La période suivante du Fer II5 est plus florissante dans l’équipement du cheval. Le site de Hasanlu, au sud du lac d’Urmiah6, en offre la collection la plus riche et la mieux documentée pour le Proche-Orient ; la nécropole de Tépé Sialk B, en bordure du désert de Kavir, fait également référence dans ce domaine, notamment la tombe 157. Au Fer III8, le Luristan devient incontestablement la région clé pour les éléments de harnachement.

Le contrôle d’un cheval monté nécessite trois types d’équipement étroitement solidaires les uns des autres : les courroies de tête avec leurs passants, le mors et les rênes9. Ces équipements sont complétés par des œillères, des chanfreins, des grelots et des ornements divers, tels que bossettes, disques, boutons décoratifs, etc., moins directement fonctionnels. Le mors se décompose en deux parties : un élément métallique, brisé ou rigide, qui s’insère dans la bouche du cheval et des montants latéraux, ou psalia, en forme de branche ou de plaque. Des anneaux, ou bélières, permettent de relier le mors et les courroies de tête et de fixer les rênes sur le mors. Ces anneaux sont parfois tenus par de petites mains10. Les mors sont souvent en bronze ou en fer, mais il arrive que les psalia soient en bois de cerf.

Au Luristan, les mors brisés à branches latérales datent plutôt du Fer II, et les mors à plaques latérales ajourées et à barre transversale rigide plutôt du Fer III11. À la fin du Fer III, les créatures fantastiques qui ornent ces plaques sont peu à peu délaissées pour des animaux réels : tigres, léopards, mouflons, taureaux ou chevaux. Ici, des chevaux à la crinière soigneusement bouclée sont montés en amazone12 par un cavalier dont les jambes ont disparu au profit de l’œillet de la barre de métal. L’irréalisme de ce détail n’embarrassait guère les métallurgistes du Luristan. Les sabots des animaux reposent sur une ligne de sol, contrairement aux plaques de mors de même type représentés sur les reliefs assyriens13. Cette ligne de sol, sur laquelle tombe la souple longe torsadée qui part de la bouche du cheval, était anciennement constituée par le corps d’un petit animal piétiné par une figure qui le dominait14. Dans les deux anneaux placés sur le toupet et l’arrière-train des chevaux passaient les courroies de tête. Les quatre pointes situées à l’arrière de chacune des plaques servaient vraisemblablement à la fixation d’une doublure en cuir15. Sinon leur présence surprend, car elles auraient risqué de blesser l’animal16.

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1 Quelques exemples de cavaliers apparaissent un peu avant, mais la monte du cheval se répand surtout à l’âge du fer.

2 Des sépultures de chevaux, caractérisées par leur petitesse, ont été retrouvées dans la nécropole de Marlik, au sud-ouest de la mer Caspienne : tombes 49, 51, 53 (E. O. Negahban, Marlik. The Complete Excavation Report, Philadelphie, 1996, pp. 23-24).

3 E. O. Negahban, « Horse and Mule Figurines from Marlik », Archaeologia Iranica et Orientalis. Miscellanea in Honorem Louis Vanden Berghe, Gand, 1989, pp. 293-296 et pl. III.

4 Du xve au xiie siècle av. J.-C.

5 Du xie au ixe siècle av. J.-C.

6 Dans le nord-ouest de l’Iran. Ce site fut en contact étroit avec l’Empire assyrien.

7 R. Ghirshman, Fouilles de Sialk, II, Paris 1939, pl. LVI.

8 Entre le milieu du viiie siècle et le milieu du vie siècle av. J.-C.

9 On observera, sur les chevaux du Défilé des tributaires mèdes [92], comment les courroies de tête sont reliées, près de la bouche du cheval, aux trois anneaux des psalia, et comment les rênes partent du mors.

10 R. Ghirshman, op. cit. n. 7, tombe 74, pl. LXXV.

11 La barre est enroulée aux extrémités. La plupart de temps, ces enroulements sont en sens opposés.

12 Dès les débuts, le cheval est monté en amazone ou à califourchon. Un autre exemple de monte en amazone apparaît sur une statuette en bronze de Marlik (E. O. Negahban, op. cit. n. 3, pl. 35, no 80).

13 Un exemple venant du palais de Sennachérib à Ninive est reproduit par P. Amiet, Les antiquités du Luristan, Paris, 1976, fig. 41.

14 Par exemple, op. cit., fig. 105 et 110.

15 Ou peut-être même en bois.

16 Mais ces mors d’apparat n’ont peut-être jamais été portés.

Bibliographie

A. Godard, « Bronzes du Luristan », Ars Astatica, XVII, 1931, pl. XLV, p. 174.

U. Pope, A Survey of Persian Art, IV, Londres et New York, 1938, pl.  31 B.

J. Potratz, « Die Pferdetrensen des Alten Orient », Analecta Orientalia, 41, Rome, 1966, p. 142, fig. 32 C.

P. Amiet, Les antiquités du Luristan, Paris, 1976, no 120 et, plus général sur les mors, pp. 55-64.