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La métallurgie de l’âge du fer au Luristan se caractérise par une véritable « explosion » d’objets, particulièrement dans les domaines de l’armement, du harnachement du cheval [98] et de la parure. Mais des récipients de toute sorte1, des « étendards » et des idoles tubulaires sont aussi produits en grand nombre.

Dans la série des bijoux, les types les mieux représentés sont les bagues, les torques, les bracelets2 et les épingles. Celles-ci se distinguent souvent par l’exagération de la taille et l’exubérance du décor de la tête3. Cette tête se situe soit à la perpendiculaire de la tige, soit dans son prolongement, quand les épingles étaient portées à l’horizontale. Curieusement, des épingles à tête lourde étaient utilisées pointe vers le haut4. Une chaîne reliée à un anneau servait à les maintenir en place. Parfois cette chaîne a subsisté5, parfois il ne reste que l’anneau, qui est ici disposé sur la gaine de la tige6.

Le sommet de l’épingle du musée du Louvre est ajouré. De forme ovale7, il présente en bordure une torsade terminée par des têtes de mouflon. Au centre, un héros dompteur à cornes de taureau empoigne par les pattes arrière des félins monstrueux, selon une convention bien connue. Par un jeu d’illusion propre à l’art du Luristan8, les pattes des lions semblent « prêtées » aux mouflons pour leur donner corps et les animer. La scène paraît totalement symétrique, avec pour axe central la figure du dompteur. Toutefois les deux lions ne sont pas exactement de même proportion et ne se rattachent pas au cadre de la même façon. La principale originalité du personnage réside dans le port d’une longue robe plissée, aux plis répartis de part et d’autre d’une bande centrale, qui annoncerait la tenue d’apparat des Perses9.

Ce personnage est remplacé, dans les têtes d’épingle rectangulaires, par un ou plusieurs hommes à cornes de mouflon10. Hommes à cornes de taureau ou hommes-mouflons semblent dominer ou pacifier le monde sauvage. Ils apparaissent avant tout au sommet des épingles ajourées et sur les anneaux de harnachement11. Les thèmes décoratifs semblent ainsi étroitement liés à la nature des objets.

La technique employée ici pour la fonte à la cire perdue est aisément reconnaissable. Des filets de cire enroulés sont utilisés pour rendre certains détails, tels que les yeux, les sourcils, les oreilles… Ce procédé, qui crée des effets de mèches et de lignes courbes, est un repère chronologique, car il ne connut qu’une courte durée, entre le ixe et le viiie siècle12.

Les épingles à tête discoïdale remplaceront celles à sommet ajouré, avec, dans l’umbo central, une Maîtresse des animaux ou une tête féminine13.

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1 Théières, situles à fond conique à bouton, vases à bec en gouttière, passoires, coupes…

2 Soit fermés par une goupille ou une clavette (pour exemples : P. Amiet, Les antiquités du Luristan, Paris, 1976, fig. 153-157 ; P. R. S. Moorey, Catalogue of the Ancient Persian Bronzes in the Ashmolean Museum, Oxford, 1971, pl. 60, nos 372-373), soit ouverts et terminés par des animaux ou des têtes animales (P. Amiet, op. cit., fig. 145-151 ; P. R. S. Moorey, op. cit., pl. 61-62, nos 374-388).

3 Il existe aussi des modèles plus sobres d’épingles terminées par un canard, par des têtes de bouquetin, de grenouille, des croissants…

4 Une épingle discoïdale du Luristan appartenant à une collection privée représente un personnage portant ce type d’épingle (E. Porada, Ancient Iran, New York, 1965, p. 88, fig. 60).

5 P. Amiet, op. cit. n. 2, fig. 179.

6 La tige en fer, elle, a disparu.

7 Il s’agit en fait d’un croissant refermé ; en effet, certaines épingles présentent des branches ouvertes qu’on peut assimiler à des cornes (P. Amiet, op. cit. n. 2, fig. 178 et 180).

8 Et peut-être plus généralement à l’art des nomades, car on retrouve ces combinaisons un peu fantastiques également dans l’art celtique.

9 Cf. P. Amiet, op. cit. n. 2, p. 73. P. Amiet reprend l’idée développée par B. Goldman, « The Origin of the Persian Robe », IA, 4, 1964, p. 142, no 33.

10 P. Amiet, op. cit. n. 2, fig. 182-183, 185.

11 P. Amiet, op. cit. n. 2, fig. 127-131.

12 Cf. P. Amiet, op. cit. n. 2, p. 30.

13 P. Amiet, op. cit. n. 2, fig. 187-189.

Bibliographie

A. Godard, « Bronzes du Luristan », Ars Asiatica, XVII, 1931, pl. XXXVI, p. 156. 

U. Pope, A Survey of Persian Art, IV, Londres et New York, 1938, pl. 41 D.

B. Goldman, « The Origin of the Persian Robe », IA, 4, 1964, p. 142, no 33.

P. Amiet, Les antiquités du Luristan, Paris, 1976, fig. 181 et, plus général, pp. 71-82.

 

E. Schmidt, M. Van Loon et H. Curvers, OIP, 108 : The Holmes Expedition to Luristan, 1989 (pour un panorama sur les épingles du Luristan).