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Le roi Assurbanipal mena de nombreuses campagnes en Élam. Elles sont connues par les textes [p. 138] et par les bas-reliefs légendés des deux palais où il résida à Ninive1. Pour avoir répondu au souverain assyrien avec insolence, le roitelet élamite Teuman dut l’affronter à la bataille de Til Tuba, près de la ville de Madaktu2, où il trouva la mort. La représentation de cette bataille est une des plus célèbres du palais du Sud-Ouest3. Assurbanipal tira suffisamment de fierté de cette victoire pour souhaiter l’évoquer une nouvelle fois dans le Palais nord, sur un bas-relief appelé Le banquet sous la treille.

Dans un jardin planté de palmiers et de pins, sous une vigne chargée de fruits, le roi et sa femme, Assur-sharrat4, se restaurent, isolés des autres mortels par deux brûle-parfum5. La reine est assise sur un trône ajouré proche de celui de Sennachérib à la bataille de Lakish6. Elle est vêtue d’une robe frangée somptueusement brodée, et arbore une couronne en forme de muraille, avec tours et créneaux. Ses pieds, chaussés de mules, reposent sur un tabouret. Dans une main la souveraine tient un petit bouquet de fleurs serrées, et de l’autre elle porte à sa bouche une coupe à godrons7. Le roi, richement paré, est à demi allongé8 sur une couche très élaborée ; il tient également une fleur de lotus9 et sans doute une coupe. Le visage des deux personnages royaux et la coupe d’Assurbanipal ont été volontairement mutilés10. Le lit est décoré de placages d’ivoire [88] représentant des lions11 bondissants ou couchés et des « femmes à la fenêtre12 ». Les pieds de tous les meubles sont en forme de cône13. Le collier égyptien accroché à la tête du lit est un symbole probable de la domination assyrienne sur l’Égypte.

Sur une table, à droite, sont déposés l’arc, le carquois et l’épée du roi, suggérant que cette scène de détente suit une partie de chasse. Sur une autre table14, recouverte d’une nappe, sont identifiables un récipient tripode et une petite boîte à décor de lamassu [90]. Des serviteurs et des servantes éventent les souverains. Un musicien joue de la harpe. Des oiseaux chantent, des cigales stridulent. Et, portant à son comble le bonheur du roi15, la tête de Teuman, bien reconnaissable à sa calvitie frontale, est suspendue par un crochet à la branche d’un arbre.

Le banquet sous la treille est le plus renommé d’un ensemble de reliefs qui se déployaient sur trois registres à l’étage d’un bît-hilani16. Il était situé au milieu du registre supérieur. Tout autour, des eunuques apportaient de la nourriture, des musiciens jouaient d’instruments divers17, et deux rois élamites prisonniers, réduits à l’état de serviteurs, étaient raillés par des courtisans18. Ce relief, qui montre la plus ancienne scène de banquet couché connue, servit de modèle aux Grecs et aux Romains pour leurs propres représentations.

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1 Le palais de son grand-père Sennachérib, ou palais du Sud-Ouest, et son propre palais, ou Palais nord.

2 Madaktu se trouve dans la plaine à l’ouest de Suse. À l’époque néo-élamite cohabitent de nombreuses petites royautés dans la même région. Suse n’est plus la capitale d’un pouvoir unique.

3 Elle est conservée au British Museum (J. Reade, Assyrian Sculpture, Londres, 1983, fig. 91-93).

4 Sa présence est à noter, car les femmes ne font que de rares apparitions dans l’art assyrien.

5 Le même détail s’observe sur le relief de la Scène d’audience de Persépolis [110].

6 D. Collon, Ancient Near Eastern Art, Londres, 1995, p. 145, fig. 117 ; J. Reade, op. cit. n. 3, no 73.

7 Ce type de coupe, connu au Luristan à la fin de l’âge du fer, sera très répandu à l’époque perse.

8 Le roi est en partie recouvert par une couverture à bordure festonnée, qui se termine à l’angle apparent par un pompon.

9 Le port d’un bouquet ou d’une fleur de lotus est très fréquent chez les souverains assyriens. Ce geste se retrouve chez les Perses [110].

10 Sans doute au moment de la prise de Ninive en 612.

11 Le thème du lion est un thème royal. Cf. n. 14.

12 Comme sur les ivoires d’Arslan Tash [88].

13 Correspondant à une pomme de pin inversée.

14 Les deux tables ici ont des pieds en forme de pattes de lion reposant sur une barre soutenue par des pommes de pin inversées. Seules les tables et certains sièges présentent cette particularité.

15 Un cartel destiné à une scène semblable et reporté sur une tablette dit ceci : « Avec la tête coupée de Teuman, qu’Ishtar, ma Dame, avait remis entre mes mains, je rentrai dans Arbèles, le cœur rempli de joie » (D. D. Luckenbill, Ancient Records of Assyria and Babylonia, II, Chicago, 1927, § 1043).

16 Ils sont connus par des fragments divers et des dessins.

17 À droite du panneau présenté ici, des musiciens jouaient de la harpe, du tympanon et de la double flûte (C. J. Gadd, The Stones of Assyria, Londres, 1936, fig. 42).

18 J. Reade, op. cit. n. 3, fig. 101.

Bibliographie

H. Rassam, Asshur and the Land of Nimrod, New York, 1897, pp. 38-40 et pl. en face.

C. J. Gadd, The Stones of Assyria, Londres, 1936, p. 193, avec en annexe le Second Report of the Assyrian Excavation Fund (20 février 1855).

R. D. Barnett, Sculptures from the North Palace of Ashurbanipal at Nineveh (668-627 B. C.), Londres, 1976, pl. LXIII pour la vue d’ensemble, pl. LXIV-LXV.

J. Reade, Assyrian Sculpture, Londres, 1983, fig. 102 et 103 (vue détaillée du trône).

D. Collon, Ancient Near Eastern Art, Londres, 1995, pp. 146-151.

 

P. Albenda, « Landscape Bas-Reliefs In the Bit-Hilani of Ashurbanipal », BASOR, 224, 1976, pp. 49-72.