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Le passage entre la cour d’honneur du palais de Khorsabad, ou cour VIII, et la cour III, située plus au nord, toujours dans le secteur public du babanu, porte le nom de couloir 10 [89]. Il était revêtu, sur les deux côtés, d’un décor de seize orthostates, hauts d’environ 3 m, représentant sur deux registres des défilés de peuples tributaires se dirigeant vers la droite. Chaque défilé était séparé par une bande d’inscriptions horizontales sur douze lignes, relatant les hauts faits du roi. Ces tributaires faisaient suite à ceux des murs de la cour d’honneur, dont les plus connus sont les Phéniciens de la frise du Transport maritime, qui abattaient des arbres et les acheminaient par bateau, sur toute la hauteur des orthostates. Cet impôt acquitté en bois de cèdre était d’un précieux secours pour le souverain assyrien, engagé dans la construction d’un palais gigantesque1.

Dans le couloir 10, les « cadeaux » sont d’un autre type. Les personnages du registre supérieur, vêtus de robes longues frangées ou d’une tunique à manches courtes, apportent des sacs, des bols, des maquettes de ville fortifiée et des dromadaires2. Au registre inférieur, ce sont des chevaux qui sont amenés en présent par les seize délégations. Des deux côtés, un dignitaire assyrien ouvre la marche3, pour conduire les tributaires devant le roi4. Le chef de chacun des groupes5 se distingue des autres membres par une barbe plus longue6. Sur le relief présenté ici, dont la première dalle est incomplète, figuraient deux délégations. Elles guidaient en tout quatre chevaux très richement harnachés. Les palefreniers sont armés d’une lance7. Les chefs, au nombre de deux, portent des maquettes de ville fortifiée. Des traces de peinture rouge apparaissent encore sur le harnachement des chevaux.

Les personnages sont vêtus d’une robe courte, serrée à la taille, et partiellement recouverte, pour trois d’entre eux, d’un manteau en peau de mouton et, pour le dernier, d’une fourrure mouchetée ayant peut-être appartenu à un léopard8. Ils sont barbus et leurs cheveux bouclés sont entourés d’un fin bandeau. Leurs hautes bottes, à bout recourbé, sont lacées à l’avant9. À leur ceinture pend un petit objet, non identifié. À deux reprises, sur les orthostates de ce cortège10, des chevaux rétifs se cabrent, rompant ainsi la monotonie du défilé. Les hommes qui se retournent ont la même fonction.

Tous ces éléments très réalistes permettaient une identification immédiate des peuples par les spectateurs11. Ici, il s’agit certainement de Mèdes, habiles cavaliers, grands amateurs et éleveurs de petits chevaux du groupe oriental12, assez trapus et réputés très endurants. Or le roi Sargon fit campagne vers l’est. En venant payer l’impôt, les délégations du couloir 10, issues de régions opposées de l’empire, font acte de soumission au monarque assyrien. La remise, par leur chef, des maquettes de leurs villes fortifiées est le symbole de cette allégeance.

Au revers est gravée l’inscription standard des reliefs de Khorsabad13.

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1 Cf. notice 89, n. 13.

2 Ces tributaires viennent de l’ouest. Cf. J. Reade, « Sargon’s Campaigns of 720, 716, and 715 B.C. : Evidence from the Sculptures », JNES, 35, 1976, p. 97.

3 À la sortie du couloir, dalle 8, côté gauche, et dalle 9, côté droit.

4 On retrouvera cette organisation du cortège sur Le défilé des porteurs de dons de l’Apadana de Persépolis [111]. mais dans un tout autre esprit.

5 Rarement en tête.

6 Et occasionnellement par le port d’une maquette de ville fortifiée ; il s’en trouve davantage sur le côté gauche du couloir que sur le côté droit.

7 C’est toujours le cas du côté gauche du couloir, mais moins systématique du côté droit.

8 Un vêtement de ce type était porté par les montagnards des Zagros, les Lullubi, sur la stèle de Naram-Sîn [40].

9 Des bottes de ce genre ont été transposées dans la céramique, notamment sur le site de Hasanlu, où les trois branches d’un trépied ont des formes de bottes lacées (musée du Louvre, inv. AO 22746). Pour une version sans lacets, en provenance de Hasanlu, cf. Archéologie vivante, 1 : Téhéran. Le musée Iran Bastan, septembre-novembre 1968, no 111.

10 Examiné dans sa totalité.

11 Cette grande précision dans l’identification des peuples se retrouvera, quoique dans un esprit tout différent, dans Le défilé des porteurs de dons de l’Apadana de Persépolis [111].

12 Cf. M. de Shauensee, « Horse Gear from Hasanlu », Expedition, 31 : East of Assyria. The Highland Settlement of Hasanlu, 1989, pp. 40-41.

13 B. André-Salvini, « Remarques sur les inscriptions du palais de Khorsabad », Khorsabad, le palais de Sargon II, roi d’Assyrie, actes du colloque (Paris, janvier 1994), Paris, 1995, pp. 25 et 27-28.

Bibliographie

P.-É. Botta et E. Flandin, Monument de Ninive, Paris, 1849-1850, II, pl. 128-129, et IV, p. 157 et suiv.

E. Pottier, Catalogue des antiquités assyriennes, Paris, 1924, no 42 et pl. X.

W. Orthmann (éd.), Propyläen Kunstgeschichte, 14 : Der Alte Orient, Berlin, 1975, no 224.

P. Albenda, The Palace of Sargon King of Assyria, Paris, 1986, pp. 67-71, 162, pl. 29 et fig. 48.