RETOUR AU SOMMAIRE

Le site de Balawat, implanté à 16 km au nord-est de Nimrud, est surtout connu pour les bandeaux de bronze qu’il a livrés. Une première série a été mise au jour par Hormuzd Rassam en 1878, à l’occasion de ses dernières fouilles en Orient [p. 527]1. Les inscriptions que portaient ces plaques permirent d’en attribuer une partie – les moins bien conservées et les plus petites – au roi néo-assyrien Assurnazirpal II et l’autre à son fils et successeur, Salmanazar III. Il est établi que ces bandeaux revêtaient les portes construites par chacun des deux rois, dans un palais qui leur servait de résidence occasionnelle. Ceux d’Assurnazirpal II évoquaient, à côté de campagnes militaires, des scènes de chasse.

Dans ce qui se révélera être le temple de Mamu, le dieu des Songes, Rassam trouva un coffre en pierre inscrit contenant deux tablettes en pierre, également inscrites. Ces textes apprirent qu’Assurnazirpal II avait rebâti la ville de Balawat, lui avait donné le nom d’Imgur-Enlil2 et y avait édifié un palais et un temple à Mamu, dans lequel il avait placé une statue du dieu et des portes de cèdre habillées de bronze. Ces bandes de bronze, qui décoraient cette fois-ci les portes d’un sanctuaire, seraient découvertes plus tard, lors d’une nouvelle campagne de fouilles dirigée par Max Mallowan en 1956-1957 [p. 595]. Trois séries de bandeaux ont donc été répertoriées à Balawat.

Chacune d’elles étaient composée de seize plaques, huit par vantail, clouées sur des supports en bois. David Oates, qui faisait partie de la mission Mallowan, a proposé une reconstitution de la ville assyrienne, qui, d’après la ligne de fortification, occupait une superficie d’environ 64 ha ; il suggère de faire donner les deux portes du palais sur des salles de réception allongées.

L’ensemble le mieux conservé est celui qui a servi au revêtement de la porte construite par Salmanazar III. Chaque battant était fabriqué dans un odorant bois de cèdre et mesurait environ 1,40 m de large pour une hauteur approchant ou dépassant 7 m. Les huit bandeaux horizontaux qui décorent chaque vantail s’incurvent aux extrémités, épousant l’arrondi des énormes montants cylindriques en tronc de cèdre auxquels ils sont fixés3, et pivotant avec eux sur des crapaudines en pierre4. Ils mesurent environ 27 cm de haut et comprennent deux registres encadrés par des rangées de rosettes, qui servaient, quand elles étaient percées d’un trou central, à dissimuler le système de fixation. En effet, la tête du clou qui s’enfonçait dans le bois à une profondeur de 7,5 cm venait combler l’orifice tout en participant au décor.

Chaque plaque relate une campagne différente. Une courte légende inscrite dans le haut du registre ou du bandeau situait l’action, et les extraits des Annales, gravés sur le blindage vertical, dans le bas de la porte, fournissaient des informations sur les campagnes menées par Salmanazar III dans les dix premières années de son règne. Même si le roi batailla aussi en Babylonie, la plupart de ces campagnes eurent lieu contre les territoires de l’Ouest : Syrie du Nord (858), Arménie (857), Bît Adini (856), Syrie (853), avec la fameuse bataille de Qarqar, sources du Tigre (852), Babylonie du Sud (851 et 850), Syrie du Nord (849), Hamath sur l’Oronte (848). Dans cette région, Salmanazar III eut à livrer des combats difficiles, car le roi de Damas, celui de Hamath et douze rois de la côte résistèrent avec opiniâtreté.

L’enchaînement narratif des bandeaux est toujours le même : les troupes assyriennes quittent le camp ; la bataille fait rage, les villes sont prises ; les habitants sont déportés ; des libations et des sacrifices sont offerts aux dieux ; des stèles commémoratives sont érigées. Ce répertoire très stéréotypé, conçu à des fins propagandistes, est identique à celui des bas-reliefs. Les plaques de Balawat constituent donc une version en miniature des orthostates, dont le palais de Salmanazar III est dépourvu.

La reconstitution du British Museum privilégie l’ordre géographique : toutes les campagnes vers l’ouest sont dans la partie supérieure ; les campagnes vers l’Urartu et les sources du Tigre, dans la partie inférieure. Au quatrième registre, la campagne en Babylonie. Cette reconstitution s’appuie sur le fait que les mâts qui soutiennent les vantaux vont en s’amincissant vers le haut, et donc que les extrémités des plaques enroulées sur les montants sont de moins en moins larges. Les portes ouvrent vers l’intérieur et le roi regarde toujours en direction du monument.

La technique d’exécution de ces bandeaux est identique à celle qui est connue ailleurs pour les fabrications au repoussé. Les motifs du décor sont tracés au burin sur la face. Ensuite la plaque est retournée sur du bitume pour être travaillée en relief depuis l’envers (les feuilles étant très fines, les contours du dessin se lisent facilement au dos). Enfin les détails sont traités par des incisions sur la face, les creux étant remplis de bitume pour ne pas être déformés par la pression de l’outil.

Ce façonnage est représenté sur une stèle sculptée aux sources du Tigre en 852 : elle figure un artisan muni d’un ciseau et d’un marteau, guidé par les directives d’un scribe5.

Si celles de Balawat sont les mieux conservées, des bandes décoratives en bronze ont été retrouvées sur tous les grands sites assyriens, à l’exception de Ninive. Il s’agissait donc d’une ornementation de porte courante en Assyrie. Elle existait aussi ailleurs, puisque la Bible évoque le revêtement de bronze et d’or des portes du temple de Salomon [82]. Ce type de décor en bronze sera repris à Babylone. Nabuchodonosor en fait état pour les battants de la porte d’Ishtar [100].

—————————

1 Il avait été mis sur la piste par l’arrivée, en 1876, de fragments de feuilles de bronze estampé sur les marchés des antiquités de Londres et de Paris.

2 Qui signifie «  Enlil approuve ».

3 Pour une reconstitution, cf. J. Reade, Assyrian Sculpture, Londres, 1983, fig. 25.

4 La largeur totale de la porte, montants compris, est estimée à environ 3, 60 m.

5 Mentionné par J. Reade, op. cit., p. 15.

Bibliographie

L. W. King, Bronze Reliefs from the Gates of Shalinaneser, King of Assyria B. C. 860-825, Londres, 1915.

E. Strommenger, Cinq millénaires d’art mésopotamien, Paris, 1964, nos 209-214.

D. Oates, « Balawat (Imgur Enlil) : the Site and its Building », Iraq, 36, 1974, pp. 173.178. 

J. N. Postgate, « Imgur-Enlil », RIA, V, 1976, pp. 66-67.

J. Curtis, « Balawat », Fifty Years of Mesopotamian Discovery, Londres, 1982, pp. 113-119.

B. Hrouda (éd.), L’Orient ancien, Paris, 1991, pp. 132-133.

J. Curtis, D. Collon et A. Green, « British Museum Excavations at Nimrud and Balawat in 1989 », Iraq, 55, 1993, pp. 1-37. 

D. J. Tucker, « Representations of Imgur Enlil on the Balawat Gates », Iraq, 56, 1994, pp. 107-116. 

J. E. Reade, dans cat. exp. Art and Empire, New York, 1995, nos 42-43, pp. 98-99.

G. Frame, « Balawat », dans E. M. Meyers (éd.), The Oxford Encyclopedia of Archaeology in the Near East, I, New York et Oxford, 1997, p. 268.