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Si les Assyriens sont passés maîtres dans l’art du bas-relief, ils ont peu pratiqué la sculpture en ronde bosse et n’en ont laissé que de rares témoignages, aux formes souvent massives : quelques statues de génies1, quelques statues de rois, ces dernières durant une période très limitée, puisque seuls deux souverains du ixe siècle, Assurnazirpal II et son fils Salmanazar III2, en ont fait l’objet.

Le roi Assurnazirpal II n’est représenté que par une seule ronde-bosse. Sculptée dans une matière très dure et assez rare, la magnésite, elle était encastrée dans un socle de pierre rouge lors de son exposition dans le temple d’Ishtar à Nimrud, où Henry Layard la retrouva en 1850 [p. 518]. Le roi s’était mis ainsi sous la protection de la déesse et lui manifestait sa dévotion. L’identité du monarque est connue grâce à l’inscription gravée sur la poitrine, mentionnant ses titres, sa généalogie et une campagne menée vers la Méditerranée.

Le personnage est nu-tête et revêt la tenue royale habituelle : une robe simple à manches courtes qui descend jusqu’aux chevilles, garnie dans le bas de lourds galons, peu apparents ici3. Autour de la robe s’enroule un châle frangé, qui enveloppe le bras gauche et revient sur l’épaule droite, en laissant visible la manche courte, avant de se fixer dans la ceinture qui maintient en place l’ensemble. Le souverain tient dans ses mains des insignes qui font du roi assyrien le shangû d’Assur, l’« ombre du dieu », son grand prêtre et l’administrateur de ses biens4 : la masse d’armes symbolise son autorité de vicaire du dieu Assur, et la faucille à long manche servait parfois d’arme aux divinités pour combattre les monstres. Le roi arbore des boucles d’oreilles et des bracelets à rosette centrale qui allaient par paires, bien qu’un de ces derniers soit caché par le vêtement5. La chevelure est ondulée, rejetée vers l’arrière, et la barbe bouclée s’étage en trois rangées de bouclettes. Très travaillée, elle évoque pour certains un postiche, mais sans attestation réelle.

Comparée à celle de Salmanazar III, conservée au musée d’Archéologie d’Istanbul6, et aux assez nombreuses représentations royales sur stèle on sur bas-relief, la statue d’Assurnazirpal II se distingue par ses manques : le roi n’a pas ses traditionnels poignards engagés dans la ceinture, il ne porte pas le collier rituel auquel sont suspendus les emblèmes divins chargés d’éloigner de lui les forces mauvaises7, il n’est pas coiffé de la tiare tronconique à pointe8. L’absence de tous ces détails liés à la fonction royale surprend. Reste la brutalité de cette représentation frontale, qui n’est pas due à une maladresse de sculpteur : cette masse compacte, peu expressive, aux traits personnels peu marqués, exprime la volonté d’impressionner et d’exalter la fonction plus que l’individu.

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1 A. Parrot, Assur, coll. « L’univers des formes », Paris, 1961, fig. 24-25, 27-28.

2 Op. cit., fig. 19-21.

3 Mais très visibles sur la statue de Salmanazar III (A. Parrot, op. cit. n. 1, fig. 21).

4 Pour le roi assyrien, il n’y a pas de séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux.

5 Ce second bracelet est visible pour moitié sur la statue de Salmanazar III citée n. 3 et entièrement sur la stèle d’Assurnazirpal II du British Museum.

6 E. Strommenger, Cinq millénaires d’art mésopotamien, Paris, 1964, no 207.

7 Tels que le croissant de Sîn, le foudre d’Adad, la tiare d’Enlil, l’étoile d’Ishtar, le disque solaire de Shamash, etc.

8 Ce manque s’observe aussi sur la statue de Salmanazar III citée n. 3.

Bibliographie

A. H. Layard, Discoveries in the Ruins of Nineveh and Babylon, Londres, 1853, p. 361.

A second Series of the Monuments of Nineveh, Londres, 1853, pl. 52.

A. Kirk Grayson, RIMA, II : Assyrian Rulers of the Early First Millenium BC, I : (1114-859 BC), Toronto, 1991, no 39, pp. 305-306 (pour l’inscription).

J. E. Reade, dans cat. exp. Art and Empire, New York, 1995, no 1.