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Cette maquette est la seule représentation orientale en trois dimensions d’une scène de culte en plein air. Le nom de l’objet et de son commanditaire sont fournis par l’inscription située sur le côté avant droit du plateau : « Moi, Shilhak-Inshushinak, fils de Shutruk-Nahhunté, serviteur aimé d’Inshushinak, roi d’Anzan et de Suse, agrandisseur d’empire, protecteur de l’Élam, souverain du pays d’Élam, j’ai confectionné un lever de soleil (sit-shamshi) en bronze1. » L’incertitude concernant le contexte de trouvaille a suggéré un temps, à côté de l’interprétation traditionnelle d’une scène de culte au lever du soleil, celle d’un rite funéraire royal2.

Au centre d’un espace rectangulaire, deux personnages en nudité rituelle, accroupis, le crâne rasé3, se font face. L’un verse de l’eau sur les mains tendues de l’autre, à l’aide d’un vase à bec. Tout autour sont disposées des installations cultuelles. Deux monuments à degrés, à deux et à trois étages, portant aux angles des encoches, encadrent les officiants : ils sont interprétés soit comme des autels4, soit, si l’échelle n’est pas respectée, comme des ziggurats5, ou même comme les deux temples majeurs de Suse6, le Temple haut et le Sanctuaire extérieur [79].

Quatre masses coniques flanquent les côtés du grand monument, et devant la façade est placée une table alvéolée, entre deux piliers coniques à entablement. À l’arrière du second monument se trouvent des réservoirs d’eau (une grande jarre et deux bassins), une stèle7, trois arbres et un objet en forme d’équerre.

Ce lieu de culte a longtemps été rapproché des hauts lieux cananéens, au mobilier liturgique assez semblable. Mais pourquoi ne pas évoquer le téménos de Suse, en se référant à un exemple proche et bien connu, le parvis sud-est de la ziggurat de Tchoga Zanbil [76]8 ? S’y déroulaient des cérémonies, en présence du roi et de la reine, au lever du soleil. L’aménagement de ce parvis présente bien des points communs avec le Sit-shamshi : rangées parallèles de petites tables pyramidales, stèle, table à offrandes, grande jarre.

Le bassin rectangulaire du Sit-shamshi s’apparente à celui d’Idaddu, prince de la dynastie de Shimashki9, ou à celui aux Poissons-chèvres, datant de l’époque d’Untash-Napirisha10. Les arbres évoquent les « différents temples du bosquet » que le roi Shilhak-Inshushinak fit édifier en divers points du royaume11 et que violera à Suse, cinq siècles plus tard, le roi Assurbanipal12.

Le Sit-shamshi représente donc une esplanade sacrée où deux prêtres font leurs ablutions au petit matin, avant les offrandes et les sacrifices de la journée.

L’étude radiographique13 a révélé que le bassin, la table d’offrandes, les piliers coniques avaient été coulés avec le support, tandis que les autres éléments étaient rapportés et fixés sur le plateau avec des broches ou emboîtés, comme les orants. Le grand autel était, lui, peut-être plaqué d’or et d’argent.

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1 Cité par F. Tallon, dans cat. exp. The Royal City of Susa, New York, 1992, no 87, d’après F. W. König, AfO, 16 : Die elamischen Königsinschriften, 1965, p. 136, no 56.

2 Sur cette question, cf. F. Tallon, op. cit., pp. 137-138. Le contexte de trouvaille a fait l’objet de deux interprétations différentes par le fouilleur Roland de Mecquenem, à trente-deux ans d’intervalle, si bien qu’on ne sait pas vraiment si l’objet a été trouvé en place dans un caveau médio-élamite, comme mobilier de la sépulture d’un dynaste, ou s’il a servi de matériau de réemploi pour le mur d’un tombeau d’époque parthe.

3 Comme le sont souvent les prêtres.

4 F. Tallon, op. cit. n. 1.

5 A. Parrot, Ziggurats et tour de Babel, Paris, 1949, pp. 42-43.

6 F. Grillot « Le « suhter » royal de Suse », IA, 18, 1983, p. 12.

7 Dont la forme à sommet cintré se rapproche la stèle d’Untash-Napirisha [77].

8 Cf. R. Ghirshman, MDAI, XXXIX : Tchoga Zanbil, I : La ziggurat, 1966, pp. 80-81.

9 Paris, musée du Louvre, inv. Sb 18 (V. Scheil, MDP, VI, 1905, p. 16 et pl. 5).

10 P. Amiet, Élam, Auvers-sur-Oise, 1966, no 298. Le terme de Siyan-kuk a été lu sur ce bassin par F. Vallat.

11 Cf. F. Grillot, op. cit. n. 6, p. 3.

12 « Les bosquets secrets où nul étranger n’avait pénétré, dont nul profane n’avait foulé la lisière » (prisme du roi Assurbanipal relatant ses campagnes en Élam, trad. J.-M. Aynard, Le prisme du Louvre AO 19939, Paris, 1957, p. 56, cité par B. André-Salvini, dans cat. exp. The Royal City of Susa, New York, 1992, no 189).

13 Effectuée au Laboratoire de recherche des musées de France par France Drilhon.

Bibliographie

J.-É. Gautier, « Le « sit šamši » de Silhak in Šusinak », MDP, XII, 1911, pp. 143-151.

J. Börker-Klähn, BaF, 4 : Altvorderasiatische Bildstelen und vergleichbare Felsreliefs, 1982, pp. 53, 175, no 127.

F. Tallon, dans cat. exp. The Royal City of Susa, New York, 1992, no 87.