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Le roi médio-élamite Shilhak-Inshushinak s’attacha, au xiie siècle, à reconstruire les deux grands temples de Suse : le Temple haut, situé sur l’Acropole, dédié au grand dieu susien Inshushinak ; le Sanctuaire extérieur sur le tell de l’Apadana, près de l’enceinte extérieure de la ville. Appelé Kumpum kiduya en élamite, ce dernier servit au culte royal de la dynastie des Shutrukkides, tout en bénéficiant également de la protection d’Inshushinak.

Le décor architectural faisait alterner, sur la façade de ce temple dynastique, des panneaux en briques cuites moulées représentant un homme-taureau associé à un palmier, sur lequel il pose la main, et une déesse d’intercession dite Lama. La vingtaine de têtes d’hommes-taureaux retrouvées lors des fouilles laisse supposer que ces décors en relief se répétaient sur la totalité du mur. Les inscriptions gravées à mi-corps des figures indiquent que le roi « Kutir-Nahhunté avait fait fabriquer des représentations de briques cuites » pour orner le temple, que sa mort prématurée avait interrompu son projet, et que son frère et successeur, Shilhak-Inshushinak, l’avait mené à bien. Hommes-taureaux et déesses Lama sont des figures protectrices. Les hommes-taureaux sont ici dans leur rôle traditionnel de gardiens de porte qui repoussent les forces mauvaises. Mais leur association à des palmiers chargés de fruits, symboles de la végétation née de l’eau jaillissante, enrichit leur fonction. Les déesses Lama1 protègent les effigies de la famille royale disposées dans la chapelle centrale, ou Suhter, et intercèdent en leur faveur auprès de la divinité. Un matériau plus précieux que celui du mur extérieur a été choisi pour ces effigies royales : les briques sont siliceuses et revêtues d’une glaçure verte ou jaune2.

Le meilleur antécédent de ce décor architectural en briques se trouve à Uruk sur la façade du temple dédié à la déesse Inanna par le roi kassite Karaindash, au xve siècle [fig. 276]. Il fait alterner, dans des niches séparées par des pilastres, des dieux-montagnes et des déesses de l’Eau, portant tous des vases globulaires aux eaux jaillissantes3. Mais ces divinités, entièrement liées à l’eau et à la fertilité, diffèrent de la symbolique susienne. En revanche, la façade du temple paléo-assyrien de Tell el-Rimah, ancienne Qâttara, qui associe des palmiers en briques à des panneaux en pierre représentant la Dame aux palmes – parfois interprétée comme une déesse Lama -, constitue une meilleure référence iconographique, d’autant plus que la Dame fut remplacée, au milieu du iie millénaire, par un homme-taureau entre deux palmiers4.

Les briques moulées du sanctuaire susien ne furent pas retrouvées dans leur disposition initiale5 car elles avaient été réemployées dans la construction d’ouvrages plus tardifs, drain et aqueduc. La structure d’ensemble dans laquelle s’intégraient les figures reste donc inconnue.

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1 La reconstitution ancienne de la coiffure de la déesse est hypothétique, car aucune brique lui correspondant n’a été retrouvée.

2 Cf. P. Amiet, « Disjecta membra aelamica. Le décor architectural en briques émaillées à Suse », Arts asiatiques, 32, 1976, pp. 13-18, fig. 1-3 et 18-22.  Néanmoins, les restauratrices en charge de la restauration de ces panneaux, Marie-Christine Nollinger et Sandrine Gaymay, ainsi qu’Anne Bouquillon, du C2RMF, pensent qu’il n’y avait qu’une seule couleur, turquoise, dont la couleur jaune n’est qu’une altération.

3 E. Strommenger, Cinq millénaires d’art mésopotamien, Paris, 1964, no 170.

4 Cf. T. Howard-Carter, « An Interprétation of the Sculptural Decoration of the Second Millenium Temple at Tell al-Rimah », Iraq, 45, 1983, pp. 64-72. 

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Bibliographie

R. de Mecquenem, « Fouilles de Suse. Campagnes des années 1914, 1921, 1922 », RA, 19, 1922, pp. 127-130.

—, « Fouilles de Suse », RA, 21, 1924, p. 115. 

J. M. Unvala, « Three Panels from Susa », RA, 25, 1928, pp. 179-185.

R. de Mecquenem, « Contribution à l’étude du palais achéménide de Suse », MDP, XXX, 1947, pp. 13-14, pl. 1, no 2.

P. Amiet, Élam, Auvers-sur-Oise, 1966, no 299.

Cat. exp. The Royal City of SusaNew York, 1992 : P. O. Harper, no 88 ; B. Bourgeois, « Rapport de restauration », pp. 281-287.

F. Malbran-Labat, Les inscriptions royales de Suse, Paris, 1995, no 41.