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Après avoir traversé une période de chaos entre 2200 et 1900 av. J.-C., la ville de Byblos1 connut une renaissance de deux ou trois siècles, au début du bronze moyen. Elle renoua alors avec son partenaire de toujours, l’Égypte, dont les productions furent abondamment imitées par les artisans giblites2, particulièrement les orfèvres, pour l’aristocratie locale. Cette effervescence transparaît dans les deux sites qui ont livré la plus belle orfèvrerie proche-orientale du début du iie millénaire : la nécropole royale et le temple aux Obélisques [58]. Dans les tombeaux, le matériel retrouvé – vaisselle précieuse et bijoux – est marqué par l’image royale ; dans le temple, il illustre le caractère guerrier de la divinité à laquelle il est consacré.

La nécropole royale fut découverte par hasard en 1922 [p. 569]. Elle comprenait neuf chambres funéraires accessibles par des puits profonds de 6 à 10 m ; six d’entre elles avaient déjà été violées. Les hypogées contemporains de la XIIe dynastie égyptienne abritaient, dans des sarcophages de pierre, des roitelets locaux. Celui qui occupait la tombe II s’appelait Yapi-Shemou-Abi3 ; il était contemporain d’Amenemhat IV4. La tombe I était affectée à son père, Abi-Shemou, contemporain d’Amenemhat III, qui lui adressa de prestigieux cadeaux5.

C’est dans une tombe anonyme, la tombe III, que se trouvait le pectoral présenté ici6. Les références iconographiques de ce bijou sont manifestement égyptiennes. Le faucon Horus aux ailes déployées joue, comme en Égypte, le rôle de protecteur de la royauté. Il tient, dans chacune de ses serres, un nœud chen qui entoure le monde maîtrisable. De ces nœuds partent deux grands cordons qui épousent la courbure du collier et rejoignent un autre motif, également en forme de nœud : le signe tyt, ou nœud d’Isis, symbole de renaissance. Le pectoral lui-même imite le collier égyptien ousekh, ou collier large, dont la rangée inférieure de perles en forme de goutte est reproduite ici en or, et dont les espaceurs7 situés aux extrémités sont souvent des têtes de faucon8. Ces dernières ne jouant ici qu’un rôle décoratif, la suspension du collier est assurée par deux bélières.

Un pectoral très semblable, quoique plus grossier que celui du musée du Louvre, a été mis au jour dans la tombe II9, et des fragments d’un modèle identique ont été découverts dans la tombe I10. Un même gabarit semble donc avoir servi à leur emboutissage à partir d’une feuille d’or. De nombreux détails ont été ensuite repris au ciseau, tels que le plumage de l’oiseau ou les stries des cordes. Le bijou, très mince, devait être renforcé à l’arrière par un matériau rigide, maintenant disparu.

Aucun modèle de ce type de pectoral n’ayant été retrouvé en Égypte, il s’agit certainement d’une production locale, qui s’inspire d’une imagerie égyptienne fournie autant par des vases d’albâtre importés11 que par des bijoux.

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1 Petite cité-État gouvernée par une dynastie locale.

2 En phénicien, Byblos se dit Gébal ou Goubal.

3 Ainsi identifié grâce à l’inscription figurant sur une harpé (épée à lame recourbée), emblème du pouvoir royal.

4 Le pharaon lui avait offert un coffret d’obsidienne serti d’or, inscrit à son nom, qui fut déposé dans la même tombe (cat. exp. Liban, l’autre rive, Paris, 1999, p. 72).

5 Dont un balsamaire (récipient pour baume) d’obsidienne inscrit à son nom (cat. exp. cité, p. 72).

6 Une bague-cachet, un bracelet d’or orné d’une améthyste, une harpé de bronze décorée de matières précieuses, un vase d’albâtre, des vases en céramique de toute sorte et des perles d’or et de cornaline l’accompagnaient.

7 Les espaceurs des colliers larges égyptiens permettent de rassembler les fils de tous les rangs de perles en une sortie unique.

8 Un exemple dans C. Andrews, Ancient Egyptian Jewellery, Londres, 1990, no 103, p. 121.

9 P. Montet, Byblos et l’Égypte, Paris, 1928, no 620 et pl. XCV.

10 Op. cit., nos 621-622 et pl. XCVI.

11 Communication orale de Geneviève Pierrat-Bonnefous, conservateur en chef au département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre, qui met en avant la présence de fragments de vases égyptiens à Byblos au milieu du iiie millénaire, et la ressemblance iconographique entre le pectoral de Byblos et le vase au nom du roi Ounas, récemment acquis par son département (cat. exp. L’art égyptien au temps des pyramides, Paris, 1999, no 121).

Bibliographie

P. Montet, « Nouvelles archéologiques. Les fouilles de Byblos en 1923. Lettre du 9 novembre 1923 à Monsieur le Secrétaire perpétuel », Syria, IV, 1923, pp. 335-337. 

—, Byblos et l’Égypte, Paris, 1928, pp. 166-169 et pl. XCV-XCVI, nos 119-121.

R. Dussaud, « Les quatre campagnes de fouilles à Byblos », Syria, XI, 1930, p. 177. 

 

N. Didéjian, Byblos à travers les âges, Beyrouth, 1977, pp. 28-29, 37-40, fig. 83-111 (pour la nécropole).