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Moins rigide dans son inspiration et dans son style que l’art officiel, l’art populaire sur plaquettes d’argile fit une modeste apparition en Mésopotamie à la fin du iiie millénaire, mais c’est surtout au temps des dynasties amorrites qu’il connut la plus grande faveur et fut la manifestation plastique la plus savoureuse d’une époque avant tout préoccupée de textes et de littérature. Réalisées en série par estampage à partir d’un moule, les plaquettes se présentent comme de petits bas-reliefs à thème unique. Elles figurent des divinités, des femmes dévoilées, des porteurs d’offrandes. Elles illustrent aussi des sujets profanes empruntés à la vie quotidienne, évoquant travail et réjouissances. Les moules circulaient dans plusieurs villes.

La musique accompagnait chaque cérémonie officielle, soutenait les chants et rythmait la récitation de poèmes liturgiques. Les instruments à cordes, harpes et lyres, considérés comme les plus nobles, apparaissent fréquemment dans l’art sumérien1. Au début du iie millénaire, ils se multiplient et se diversifient. À la harpe en arc2 s’ajoute la harpe angulaire verticale à caisse de résonance perpendiculaire au montant. Le harpiste considéré ici, coiffé d’un bonnet à rebord et drapé dans une longue robe à bordure frangée, est commodément assis sur un tabouret pour pincer les cordes d’un tel instrument, auquel les textes attribuent sept cordes3, visibles sur la plaquette. Sur un instrument horizontal, il jouerait avec un plectre4.

La représentation des métiers manuels, courante en Égypte, est rare en Mésopotamie. La plaquette du menuisier au travail n’en est que plus intéressante5. L’ouvrier, assis encore sur un tabouret, amincit une pièce de bois incurvée, timon de char ou araire. L’herminette qu’il emploie a été alourdie par un poids pour augmenter la pression de l’outil. Torse nu, vêtu d’un pagne court, portant une barbe courte et une chevelure en forme de calotte, l’homme ne se distingue pas, dans son costume, de ses contemporains exerçant un autre métier.

Des bateleurs allaient de place en place, exécutant leurs tours parmi la foule et dans les palais. Sur une plaquette, des boxeurs s’affrontent6Ici un forain, qui serre contre lui un objet indistinct, tient en laisse deux singes. Le premier, à ses pieds, joue de la flûte. Le second, juché sur l’épaule de son maître, lui couvre la tête de ses pattes. Le singe fut importé en Mésopotamie dans la première moitié du iie millénaire7.

Ces plaquettes, lorsque les thèmes en étaient religieux, servaient peut-être d’images pieuses pour des cultes domestiques, comme plus tard les figurines en terre cuite de la Gaule romaine. Sinon, elles pouvaient jouer le rôle d’ex-voto. Leur inspiration très libre en fait des instantanés de vie.

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1 Les tombes royales d’Ur en ont livré plusieurs exemplaires [27] et toutes les plaques perforées du DA II en représentent [22].

2 Qui figure au registre supérieur de la plaque avec banquet [22].

3 Cf. J.-M. Durand, « La vie de Mari à l’époque de Zimri-Lim », Les dossiers d’archéologie, 80 : Éblouissante richesse de Mari sur l’Euphrate, février 1984, p. 81.

4 M.-T. Barrelet, Figurines et reliefs en terre cuite de la Mésopotamie antique, Paris, 1968, nos 776-777.

5 Il en existe un exemplaire assez proche, également conservé au musée du Louvre, inv. AO 12450 (op. cit., no 778).

6 Op. cit., no 830.

7 Cf. op. cit., p. 322, n. 3.

Bibliographie

M. Duchesne-Guillemin, « La harpe en Asie occidentale ancienne », RA, XXXIV, 1937, pp. 29-41 et no 9 (pour AO 12453). 

M.-T. Barrelet, Figurines et reliefs en terre cuite de la Mésopotamie antique, Paris, 1968, nos 775, 779 et 834.

W. Orthmann (éd.), Propyläen Kunstgeschichte, 14 : Der Alte Orient, Berlin, 1975, fig. 185a-185b (pour AO 12453 et 6694 bis).

G. Hermann, The Furniture of Ancient Asia, Ancient and Traditionnal, Mayence, 1996, pl. 10a-10b (idem).