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L’art de la divination, attesté dès l’époque présargonique, se développa surtout au début du iie millénaire. Y recourir n’était pas le fait du simple particulier, mais d’un roi ou d’un État. D’après les archives du palais de Mari, le souverain interrogeait les devins pour la moindre décision.

Il existait plusieurs façons de prédire l’avenir : la divination par les oiseaux1 ; la divination par l’observation du foie des animaux, ou hépatoscopie ; et le prophétisme, qui s’appuyait sur les rêves et les visions, et dont le foyer semble plutôt syrien. Ces usages différents étaient plutôt complémentaires qu’opposés. L’hépatoscopie est un des mieux connus. Le foie était considéré en Mésopotamie comme le siège de la pensée et des sentiments, et l’examen de sa conformation sur des moutons sacrifiés servait aux augures. Cette pratique a longtemps passé pour être l’apanage de la Babylonie, mais elle est désormais attestée à Qatna, à Alep, à Hazor, à Ugarit, à Bogazköy2, sites qui ont tous livré des foies divinatoires. Et, lorsque les troupes mariotes allèrent en Babylonie, les devins de Mari confrontèrent leurs interprétations avec celles de leurs collègues de Babylone3. C’est donc qu’il y avait plusieurs traditions hépatoscopiques.

Les devins de l’hépatoscopie, travaillant sur un matériau précis, le foie, avaient peu à peu recensé toutes les déformations, anomalies, marques particulières, décolorations de l’organe, au cours des sacrifices pratiqués, les avaient associées à des événements passés pour mieux prédire les événements futurs, et avaient consigné leur expérience sous deux formes de documents : soit des listes de présages, soit des petits modèles de foie, presque toujours en argile4. La collection la plus importante de ces modèles provient du couloir 108 du palais de Mari, qui se trouvait à l’ouest de la cour 106 [53] ; elle comprenait, dispersés au milieu de tablettes, trente-deux foies miniatures inscrits – les plus anciens connus – et une petite rate dépourvue d’inscription5. Bien que modelés assez schématiquement, ils servaient d’aide-mémoire aux augures et de modèles aux apprentis devins, qui devaient en mémoriser toutes les formes, assorties de l’inscription des présages, portée à l’emplacement des malformations, parfois sur les deux faces. Cette collection constitue donc un corpus des cas de figure observés. Le texte cunéiforme en akkadien, inséré à l’intérieur d’un cartouche figuré en pointillé, inverse la formule habituelle en énonçant : « Lorsque tel événement s’est produit ou se produira, le foie se présenta ou se présentera ainsi6 ». Quarante-deux présages sont consignés sur les foies. Les textes de Mari ne font jamais référence explicitement aux détails de la malformation. L’aspect de la maquette et l’emplacement de l’inscription l’indiquaient d’eux-mêmes.

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1 Notamment par examen des taches qu’ils avaient sur le corps (J.-M. Durand, « La divination par les oiseaux », MARI, 8, 1997, pp. 273-282).

2 C’est sur ce site qu’ont été trouvés les exemplaires les plus proches de ceux de Mari (par exemple, cat. Das Vorderasiatische Museum. Staatliche Museen zu Berlin, Mayence, 1992, no 146).

3 Cf. D. Charpin, « Mari entre l’Est et l’Ouest : politique, culture, religion », Akkadica, 78, mai-août 1992, pp. 9-10.

4 Quelques-uns existent en bronze, et, pour la première fois, un foie divinatoire en ivoire a été récemment identifié à Ugarit (J. Gachet, RSO, XI : Le pays d’Ougarit autour de 1200 av. J.-C., 1995, p. 257, et « Les foies divinatoires », Le monde de la Bible, 120 : Le mystère Ougarit, juillet-août 1999, p. 70).

5 Dix-sept foies et la rate ont été attribués au musée du Louvre.

6 M. Rutten, « Trente-deux modèles de foies en argile inscrits provenant de Tell-Hariri (Mari) », RA, XXXV, 1938, p. 39.

Bibliographie

A. Parrot, « Les fouilles de Mari : troisième campagne (hiver 1935/36) », Syria, 18, 1937, pp. 74-75. 

M. Rutten, « Trente-deux modèles de foies en argile inscrits provenant de Tell-Hariri (Mari) », RA, XXXV, 1938, pp. 36-52 et pl. I-XVIII. 

B. André, dans cat. exp. Naissance de l’écriture, Paris, 1982, no 201.

D. Charpin, dans cat. exp. Au pays de Baal et d’Astarté, Paris, 1983, no 143.

J.-W. Meyer, AOAT, 39 : Untersuchungen zu den Tonlebermodellen aus dem Alten Orient, Neukirchen-Vluyn, 1987, pp. 44-46.

 

J. Rickenbach, « Die Leber als Spiegel des Willens », cat. exp. Orakel, Zurich, 1999, pp. 58-68.