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Dès le ive millénaire, la métallurgie anatolienne prit un grand essor, car l’ancien pays de Hatti1 était riche en minerais divers. Au iiie millénaire, leur commerce suscita l’apparition d’une aristocratie locale, qui emporta dans l’au-delà un mobilier prestigieux. Les sépultures abritaient un seul individu ou, au plus, un couple, mari et femme, inhumés séparément et accompagnés chacun de leurs objets personnels : armes d’apparat, vaisselle d’or et d’argent2, diadème ajouré3, statuettes4. Les nécropoles les plus connues, datées du bronze ancien II, sont celles d’Horoztépé et d’Alaça Hüyük. Cette dernière livra treize tombes « princières » analogues5, en forme de fosses rectangulaires peu profondes,recouvertes de madriers en bois puis de terre.

Sur les madriers étaient disposés, par paires, des crânes de bovidés ainsi que leurs pattes antérieures et postérieures. L’importance accordée au taureau en Anatolie remonte à très haute époque [3]. À côté de ces restes reposaient des « enseignes » de deux types : soit de simples figurines animales6, soit des disques « solaires » plus complexes, ornementés d’animaux, de pendeloques et de fleurs7. Leur emplacement différait selon leur type. La faune représentée privilégiait les cerfs et les taureaux8, qui se rattachaient à la mythologie locale.

La plus belle de ces enseignes figure un grand cervidé en bronze, au corps incrusté de cercles concentriques et de chevrons emboîtés en argent, et dont la tête et les bois sont recouverts d’un placage du même métal. Le support sur lequel repose la figurine comprend quatre branches convergeant vers une tige plus épaisse à base plate terminée en pied. Cette tige correspond au grand canal de coulée du métal, appelée par les fondeurs actuels l’« attaque ». La partie en forme de fourche représente des conduits plus petits, appelés les « évents ». Ces éléments, indispensables à l’évacuation de la cire et à la fonte (répartition du métal en fusion et sortie des gaz), sont habituellement ôtés à froid. Ils ont été ici conservés à des fins utilitaires et esthétiques. Le socle de l’objet devait être fixé sur une pièce en matériau périssable.

Les premiers fouilleurs pensaient que ces enseignes ornaient des baldaquins ou des sommets d’étendard, à l’occasion de cérémonies religieuses, où les thèmes répétitifs du soleil, du taureau et du cervidé jouaient un rôle symbolique. Mais, selon W. Orthmann9, elles semblent avoir plutôt décoré des chars, malgré l’absence de véhicules dans les tombes anatoliennes. Cette hypothèse semble désormais adoptée. Selon K. Bittel, la nature des objets retrouvés dans ces tombes princières conférait à leurs propriétaires des fonctions sacerdotales.

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1 Sur la métallurgie ancienne en Anatolie, cf. A. Müller-Karpe, Altanatolisches Metalhandwerk, Neumünster, 1994.

2 Cruches en or à la panse décorée de cannelures, calices à haut pied, vase pansu à carène haute bordée de perles de cornaline (K. Bittel, Les Hittites, coll. « L’univers des formes », Paris, 1976, nos 11-14).

3 Op. cit., no 15.

4 Op. cit., nos 27-29, 32.

5 Mais pas toutes contemporaines.

6 Op. cit., nos 16-17, 22.

7 Op. cit., nos 18, 20, 23.

8 Il existe aussi des panthères et peut-être un onagre.

9 W. Orthmann, « Zu den « Standarten » aus Alaça Hüyük », Istanbuler Mitteilungen, 17, 1967, pp. 34-54.

Bibliographie

R. Oguz Arik, Les fouilles d’Alaça Höyük entreprises par la Société d’histoire turque. Rapport préliminaire sur les travaux de 1935, Ankara, 1937, pl. CCII-CCV.

M. J. Mellink, « The Royal Tombs at Alaça Hüyük and the Aegean World », The Aegean and the Near East, Studies Presented to Hetty Goldman, New York, 1956, pp. 39-58.

K. Bittel, Les Hittites, coll. « L’univers des formes », Paris, 1976, p. 34, fig. 16 et, pour comparaison, pp. 34-41.

 

W. Orthmann, « Zu den “Standarten” aus Alaça Hüyük », Istanbuler Mitteilungen, 17, 1967, pp. 34-54 et fig. 1-5 (sur le sens de ces « enseignes »).

Cat. exp. The Anatolian Civilisations, Istanbul, 1983, pp. 98-99, no A.207.

Peter Spanos, « L’Anatolie », dans Barthel Hrouda (éd.), L’Orient ancien, Paris, 1991, pp. 378-379, 381, 384, 386-387.