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Seize clous de cuivre, en forme de porteur de corbeille, et seize tablettes en stéatite furent retrouvés sur l’Acropole de Suse, tous inscrits au nom du deuxième roi de la IIIe dynastie d’Ur, Shulgi. Clous et tablettes correspondaient aux dépôts de fondation des deux temples construits par le souverain néo-sumérien, l’un1 dédié à la déesse Ninhursag-de-Suse et l’autre2 au grand dieu de la plaine de Susiane, Inshushinak. Chacun des bâtiments possédait huit dépôts, comme l’attestent les dédicaces respectives aux deux divinités : « Au dieu “Seigneur de Suse” [Inshushinak], son roi, le divin Shulgi, mâle fort, roi d’Ur, roi de Sumer et d’Accad…, son temple aimé construisit3 » ; « À la Ninhursag de Suse, sa souveraine, le divin Shulgi, l’homme fort, le roi d’Ur, le roi de Sumer et d’Accad, a construit son temple4. » Chaque statuette, accompagnée d’une tablette qui portait le même texte5, était enfermée dans une cache en briques6 disposée « aux angles du temple, de part et d’autre des portes ou à l’intersection des murs, juste sous les fondations de ceux-ci7 ». Pierre et métal, matériaux nobles et résistants au temps, sont presque toujours associés dans les dépôts de fondation. La tablette et le clou présentés ici proviennent du temple d’Inshushinak8.

En ancrant le temple dans le sol, les clous de fondation avaient pour mission de garantir sa durée et de maintenir dans le monde souterrain les forces mauvaises qui pourraient en sortir. Les inscriptions assuraient la postérité du nom du commanditaire. Les clous de Shulgi représentent le roi en bâtisseur de temple, soutenant le couffin à briques de ses mains levées, selon la tradition sumérienne. Le souverain est torse nu et porte une jupe seulement évoquée à la taille, la partie inférieure du corps se confondant avec la pointe où se trouve l’inscription. C’est à l’époque de Gudéa que cette image, connue par les reliefs perforés d’Ur-Nanshé [23], est transposée dans des clous de fondation. Mais, alors que sous la IIdynastie de Lagash existent trois types de clous9, sous la IIIe dynastie d’Ur n’est usité que le porteur de corbeille10.

Chaque figurine de fondation de Suse a été coulée dans un moule bivalve différent, ce qui explique les légères variations de taille et de détails d’une statuette à l’autre. Le matériau employé pour le modèle qui servit à la fabrication des moules ne fait pas l’unanimité : s’agissait-il d’une forme en bois ou en cire11 ? Les coulages sont de toute façon assez grossiers, au contour indécis et irrégulier.

Le cuivre présente une forte teneur en argent qui le distingue du cuivre employé dans les autres séries étudiées à Suse. Les figurines du dépôt d’Inshushinak ont, en outre, des traces de plomb plus importantes. La fabrication de ces objets a donc dû se faire ailleurs qu’à Suse.

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1 Dans le centre de l’Acropole.

2 Dans la partie occidentale de l’Acropole.

3 F. Thureau-Dangin, Les inscriptions de Sumer et d’Akkad, Paris, 1905, pp. 274-275. Dans cette traduction, le roi n’est pas encore identifié sous le nom de Shulgi.

4 M. Lambert, « Objets inscrits du musée du Louvre. § 4. Tablette de fondation de Suse, de Shulgi », RA, LXIV, 1970, pp. 70-71. Précédemment, une traduction avait été publiée par P. Amiet, Élam, Auvers-sur-Oise, 1966, no 173, p. 238.

5 Les inscriptions de fondation, dans leur forme stéréotypée, indiquent le nom de la divinité en faveur de laquelle le temple est construit, le nom du roi bâtisseur, l’objet de la construction et le verbe de l’action.

6 P. Amiet, « Contribution à l’histoire de la sculpture archaïque de Suse », Cahiers de la DAFI, 6, 1976, fig. 11, p. 49.

7 F. Tallon, Métallurgie susienne, I, Paris, 1987, p. 308.

8 Le clou est un des rares à avoir été publié au moment de la fouille.

9 Les clous de fondation de Gudéa revêtent trois formes : un roi porteur du couffin à briques ; un dieu nu, genou en terre, fichant un clou dans le sol ; un taureau couché.

10 Un seul clou inscrit au nom de Shulgi a la forme d’un taureau couché. Il provient de Tello (musée du Louvre, inv. MNB 1371).

11 Cf., sur ces divergences d’opinion entre Haines et Ellis, F. Tallon, op. cit. n. 7, p. 309.

Bibliographie

R. de Mecquenem, « Offrandes de fondation du temple de Chouchinak », MDP, VII, 1905, p. 63 et pl. VI.

Victor Scheil, « Tablette de Dungi », MDP, VI, 1905, p. 21 et pl. 6.2 (pour l’inscription sur tablette).

F. Thureau-Dangin, Les inscriptions de Sumer et d’Akkad, Paris, 1905, pp. 274-275.

M. Pézard et E. Pottier, Catalogue des antiquités de la Susiane, Paris, 1926, p. 108, no 236.

F. Tallon, Métallurgie susienne, I, Paris, 1987, pp. 308-310, no 1329 ou 1334.

 

P. Amiet, Élam, Auvers-sur-Oise, 1966, no 173, p. 238 (pour les dépôts du temple de Ninhursag).

B. André-Salvini, dans cat. exp. L’aventure des écritures. Matières et formes, Paris, 1998, nos 49 et 50 (idem).

R. S. Ellis, Foundation Deposits in Ancient Mesopotamia, New Haven et Londres, 1968 (plus général).