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Les passe-guides font partie du matériel de harnachement des premiers attelages de char1. Fixés sur la partie arrière du timon, ils sont incurvés à la base pour épouser la forme de la pièce de bois et présentent des crochets latéraux pour empêcher les liens attachant passe-guides et timon de glisser. Leurs anneaux servent à séparer les rênes qui guident les animaux attelés – des bœufs ou des équidés, la domestication des chevaux proprement dits n’étant pas encore attestée à cette période. Les rênes sont reliées à un anneau qui passe dans les narines de la bête2 ; les mors n’apparaîtront que plus tard.

La plupart des passe-guides ont été retrouvés en contexte funéraire, dans les tombes à char d’Ur ou de Kish, mais ils sont connus aussi par leur représentation. Si celui qui est visible sur les quatre chars de la face de la Guerre de l’étendard d’Ur [28] est sans ornement, celui de la Face mythologique de la stèle des Vautours [24] est surmonté d’un lion. De fait, les passe-guides portent presque toujours, disposées parfois sur une petite plate-forme, une ou plusieurs figurines animales, qui correspondent aux bêtes de l’attelage. Le seul passe-guides à être surmonté d’un groupe humain est celui du musée du Louvre ; il est présumé originaire du Luristan.

Les formes qui agrémentent les anneaux des passe-guides, bien que dépourvues d’un rôle strictement fonctionnel, ne sont pas pour autant simplement décoratives. D’après E. A. Braun-Holzinger3, selon que le char est affecté à une divinité ou au combat, la figure peut varier. Le lion sur le passe-guides du char divin de la stèle des Vautours exprime le lien qui unit le char à son propriétaire, le dieu Ningirsu, dont l’animal attribut est à la fois aigle et lion. Le tête-à-tête entre vainqueur et vaincu sur le passe-guides du Luristan conviendrait à un char de bataille.

La scène se déroule sur une petite plate-forme : un homme debout, vêtu d’un kaunakès, pose en un geste dominateur sa main gauche sur l’épaule droite d’un personnage agenouillé devant lui, en position de sujétion ; entièrement dépouillé de ses vêtements, puisque vaincu4, l’homme consent à sa soumission en prenant le poignet de celui qui le maîtrise. Les yeux des deux protagonistes sont rapportés, comme dans la sculpture de pierre.

Une typologie chronologique des passe-guides a été établie en fonction du nombre et de la hauteur des tiges qui relient les anneaux à la base. Le modèle à trois hautes tiges, illustré ici, semble plus ancien que le modèle à une seule tige épaisse assez courte, illustré par le célèbre exemplaire en argent et électrum de la tombe de la reine Puabi, à Ur. La chevelure étagée des deux acteurs tout comme le kaunakès à une seule rangée de languettes plaident également en faveur d’une datation haute.

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1 Les chars apparaissent à l’époque sumérienne.

2 Très visible sur l’attelage de l’étendard d’Ur [28], face de la Guerre, registre inférieur.

3 E. A. Braun-Holzinger, Figürliche Bronzen aus Mesopotamien, Munich, 1984, p. 34.

4 La mise à nu des vaincus ou des prisonniers est presque systématique. Elle s’observe sur la stèle des Vautours [24] et sur les stèles en diorite du règne de Sargon (par exemple, P. Amiet, L’art d’Agadé au musée du Louvre, Paris, 1976, pp. 19-23, no 5).

Bibliographie

R. Dussaud, « Passe-guides du Louristan », Syria, 13, 1932, pp. 227-229 et fig. 2. 

P. Calmeyer, « Archaische Zügelringe », Vorderasiatische Archäologie. Studien und Aufsätze, Anton Moortgart zum 65. Geburtstag gewidmet, 1964, pp. 69-81, no 3.

W. Orthmann (éd.), Propyläen Kunstgeschichte, 14 : Der Alte Orient, Berlin, 1975, fig. 37b.

E. A. Braun-Holzinger, Figürliche Bronzen ans Mesopotamien, Munich, 1984, no 112, p. 36 et pl. 28 ; et plus généralement pp. 33-37 et pl. 26 à 29.