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Au iiie millénaire, la région susienne, sous la tutelle successive des puissances de Sumer et d’Akkad, ne brilla pas d’un éclat particulier. Le « trésor » connu sous le nom de « vase à la Cachette » représente donc une trouvaille marquante dans « une modeste cité de type sumérien1 ». Initialement, les objets étaient regroupés dans deux vases céramiques : le premier, sans décor, a aujourd’hui disparu2 ; le second, pourvu d’un couvercle et à décor peint, constitue une version abâtardie de la céramique du second style3. Le dépôt, d’une grande variété, comprenait quarante-huit objets manufacturés en cuivre ou bronze, cinq gros lingots de cuivre à faibles pourcentages d’arsenic et de nickel, trois anneaux d’or, un anneau d’argent, neuf perles d’or, onze vases en albâtre rubané, une minuscule grenouille en lapis-lazuli, un tesson émaillé, treize petits cailloux et six cylindres, dont les plus récents permirent la datation du vase vers 2450 av. J.-C.4.

La diversité des objets en cuivre5 atteste de l’usage croissant de ce métal pour les armes6, les outils7, les récipients8, les parures9. Bien que s’inspirant des formes de Mésopotamie et du Luristan, les productions sont moins riches que celles des tombes d’Ur et moins exubérantes qu’au Luristan. La pauvreté en matières précieuses du vase à la Cachette contraste avec les importantes quantités d’or et de lapis-lazuli drainées par le pays de Sumer, pourtant assez proche. L’utilisation du bronze à l’étain représente la principale innovation technologique du trésor, mais il reste d’un emploi encore rare10. Le cuivre, en provenance d’Oman, ancien pays de Magan, traduit des échanges avec le Golfe.

Les vases en albâtre ne sont pas des fabrications locales, les Susiens utilisant un matériau assez grossier, en total contraste avec celui des récipients du vase à la Cachette, dont la qualité permet de jouer de la transparence de la pierre et des dessins en ruban de ses veines jaunes et blanches. Deux centres de l’Iran oriental s’étaient spécialisés dans ces productions de luxe : Shahr-e Sokhta, au Séistan11, et Shahdad, dans le désert de Lut.

Grâce à la protection offerte par le vase qui l’abritait, le petit tesson de faïence a pu conserver intacte la belle couleur bleu-vert de sa glaçure, donnée par l’oxyde de cuivre.

Le contenu hétéroclite du vase à la Cachette indique des relations avec des régions éloignées : Indus, Iran du Sud-Est, Golfe. La masse de métal et les objets de refonte, tels les lingots et les fragments d’herminette, suggèrent comme propriétaire un marchand itinérant, également métallurgiste. Pour une raison inconnue, il dut cacher son trésor et ne le récupéra jamais. Selon P. Amiet, il pourrait aussi s’agir d’« un tribut livré par des vassaux12 » ou d’un ensemble à valeur monétaire. Les treize cailloux seraient des signes comptables tardifs du système des calculi de l’époque d’Uruk.

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1 P. Amiet, Suse, 6000 ans d’histoire, Paris, 1988, p. 62.

2 Il était recouvert, selon une tradition de l’Indus, d’un plateau circulaire en cuivre, également disparu.

3 On appelle ainsi la céramique peinte de Suse du iiie millénaire, pour la distinguer de celle du premier style de Suse I.

4 La scène de traite qui figure sur l’un d’eux se retrouve à même époque sur les frises incrustées de Kish ou sur la « scène de la laiterie » retrouvée dans le temple d’Obeid [p. 556].

5 Une composition homogène du cuivre entre tous les objets du vase à la Cachette, y compris les lingots, indique qu’il s’agit d’un ensemble cohérent relevant d’une même époque, cf. F. Tallon, Métallurgie susienne I, vol. 1, Paris, 1987, p. 330. Le cuivre, naturellement allié à de l’arsenic, est en provenance d’Oman.

6 Haches plates ou à langue repliée et poignards.

7 Herminettes, bédane, ciseau, pelle, scie, serpette, passoire, plateau de balance, tige.

8 Coupes, bols, vases carénés.

9 Miroir à manche, bracelets, bagues, perles.

10 Seuls quatre objets contiennent plus de 7 % d’étain : la passoire, deux vases et une herminette plate.

11 R. Ciarla, « The Manufacture of Alabaster Vessels at Shahr i-Sokhta and Mundigak in the 3rd Millenium B.C. : a Problem of Cultural Identity », Iranica, « Series Minor », X, Naples, 1979, pp. 319-335. L’auteur insiste sur le fait que les artisans de Shahr-e Sokhta préfèrent un matériau polychrome à un matériau monochrome.

12 P. Amiet, L’âge des échanges inter-iraniens, Paris, 1986, p. 126.

Bibliographie

R. de Mecquenem, « Catalogue de la céramique peinte susienne », MDP, XIII, 1912, p. 144, no 287.

J. de Morgan, « Observations sur les couches profondes de l’Acropole de Suse », MDP, XIII, 1912, fig. 117.

R. de Mecquenem, « Fouilles de Suse 1929-1933 », MDP, XXV, 1934, pp. 189-190, fig. 21.

L. Le Breton, « The Early Periods at Susa », Iraq, XIX, 1959, pp. 117-120. 

P. Amiet, L’âge des échanges inter-iraniens, Paris, 1986, pp. 125-127.

F. Tallon, Métallurgie susienne I, vol. 1, Paris, 1987, pp. 328-333.