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La tombe du roi Meskalamdug était une des plus riches de la nécropole d’Ur, bien que n’appartenant pas au groupe des seize « tombes royales », définies par des critères précis de construction1 et de rites d’ensevelissement2. Il s’agissait d’une tombe en puits3 à la chambre funéraire réduite à une simple fosse rectangulaire4 [fig. 300]. Le cercueil, en bois, disposé à l’angle nord-est, renfermait de très nombreux objets précieux. Près du crâne du défunt se trouvait le casque présenté ici, sans doute la pièce la plus extraordinaire de la sépulture. Il voisinait avec une double hache en électrum, deux bols en or, une lampe en or, une hache en électrum. Sur les bols et la lampe en or était inscrit le nom du propriétaire, Meskalamdug5, qui, quoique grand prince d’Ur, n’apparaît pas sur la Liste royale sumérienne. À une ceinture en argent était suspendu un poignard à lame d’or, à fourreau d’argent, et à poignée plaquée d’argent et cloutée d’or. À côté étaient placés une pierre à aiguiser en lapis-lazuli, accrochée à un anneau d’or, et un outil en argent. Au niveau des jambes reposaient deux lampes en argent et des centaines de perles biconiques en or et lapis-lazuli, parmi les plus grandes et les plus belles en couleur de la nécropole, déposées en offrandes. À droite du corps, un ensemble de parures féminines6 causa la surprise. Autour du cercueil, le sol était jonché d’armes de toutes sortes, de céramique commune et d’une innombrable vaisselle en or, en argent, en électrum, en cuivre, en pierre.

Le casque de Meskalamdug n’est pas un casque de combat, mais un casque cérémoniel, semblable à celui d’Eannatum sur la stèle des Vautours [24]. Il est percé aux oreilles pour maintenir l’audition. Il a pour originalité de reproduire la coiffure royale sumérienne, laquelle perdure jusqu’à l’époque d’Agadé. La tête de Ninive [39] permet de juger de la précision de l’imitation. Les cheveux, partagés par le milieu, ont, semble-t-il, été en partie travaillés en deux tresses qui enserrent la tête. À l’arrière, un chignon, également natté, est rassemblé en boule dans un anneau. Un diadème en forme de ruban, d’où s’échappent deux rangées de cheveux lâches, soutenait l’ensemble.

Le casque de Meskalamdug est peut-être le plus ancien chef-d’œuvre à illustrer les techniques d’emboutissage et de retreinte. Sa mise en forme à partir d’une seule feuille de métal assez épaisse représentait déjà une prouesse d’orfèvre. Les parties en relief furent ensuite façonnées au repoussé, et des détails tels que les cheveux furent ciselés. L’intérieur avait été tapissé par une coiffe, dont des morceaux et des libres en laine subsistaient encore à l’ouverture de la tombe. Cette coiffe, repliée vers l’extérieur, comme l’indique la décoloration du métal, était maintenue en place par un lien qui passait par la ligne de trous visible en bordure, afin de protéger la peau des bords coupants du métal.

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1 Constructions en brique et en pierre de une à quatre chambres.

2 Cérémonies complexes faisant souvent intervenir des sacrifices humains.

3 Comme nombre tombes d’Ur.

4 De 2,50 x 1,50 m.

5 L’inscription sur la lampe est : « Meskalamdug, le bon héros du pays. »

6 Une grande épingle en or, des anneaux de cheveux, des anneaux d’or, des parures de tête en forme de feuilles d’or martelé, etc.

Bibliographie

C. L. Woolley, Ur Excavations, II : The Royal Cemetery, Oxford, 1934, pp. 156, 292, 296 et 552, frontispice et pl. 150.

 

C. Éluère, Les secrets de l’or antique, Paris, 1990, pp. 140, 176 et fig. 199.