RETOUR AU SOMMAIRE

Les scènes de banquet constituent le thème dominant des plaques perforées du DA II. Elles font référence à une pratique commune à l’ensemble de la civilisation sumérienne1. Représentées en trois registres, elles obéissent à des conventions assez stéréotypées, du nord au sud de la Mésopotamie, et sont marquées par un souci de symétrie. Le premier registre évoque les banqueteurs en train de boire, accompagnés de leurs serviteurs, le deuxième l’apport des victuailles et de nouvelles boissons, le troisième l’arrivée d’un char. Le registre médian peut être remplacé par des animaux accroupis, en position héraldique2, et le troisième par une nouvelle scène de banquet, à terre3 ou en barque4, ou par des divertissements avec des bateleurs5.

Sur le relief étudié ici, une femme et un homme6 assis se font face, un gobelet levé dans une main, un rameau ou un épi dans l’autre, en signe de réjouissance. Trois serviteurs les assistent, tandis qu’un quatrième personnage joue d’une petite harpe en forme d’arc. Les femmes sont vêtues d’une robe qui laisse découverte l’épaule gauche, les hommes d’un pagne court décoré dans le bas d’une rangée de languettes, le kaunakès.

Au deuxième registre sont acheminées à droite les nourritures solides, une génisse et des aliments indéterminés portés en paquet sur la tête par un serviteur7, à gauche la boisson, de la bière très certainement8, contenue dans une lourde jarre suspendue à une perche. L’anneau tenu par un des porteurs sert à stabiliser le récipient à fond pointu, une fois posé sur le sol.

La partie manquante du registre inférieur peut être complétée par le fragment de relief provenant d’Ur9. Un char de guerre à deux roues pleines en bois et à selle haute, avec des javelots regroupés dans un étui, est encadré par des guerriers, dont le kaunakès diffère légèrement de celui des autres personnages.

Aucun texte ne vient éclairer la signification de ces banquets. Ils accompagnent sans doute une cérémonie religieuse10, mais dont la nature reste incertaine : célébration du nouvel an à l’équinoxe de printemps, réjouissance qui précède ou suit le rite du mariage sacré, ou, simplement, expression la plus courante de l’hommage à la divinité ? Qui en sont les protagonistes ? Aucun élément ne permettant d’y reconnaître des dieux, il s’agirait plutôt de donateurs privilégiés, saisis dans leurs actes de piété, puisque nombre de ces plaques perforées ont été retrouvées dans des temples11. Le char vide symbolise peut-être ainsi une offrande12 faite à la divinité.

Les plaques perforées étaient, pense-t-on, des éléments de fermeture de portes de temple13. Le trou central, rond ou carré, permettait vraisemblablement le passage d’une cheville qui en assurait la fixation à la verticale14.

—————————

1 Cette pratique s’étendra bien au-delà de cette civilisation.

2 H. Frankfort, OIP, XLIV : Sculpture of the Third Millenium B.C. from tell Asmar and Khafâjah, 1943, pl. 106.

3 D. P. Hansen, « New Votive Plaques », JNES, XXII, 3, juillet 1963, pl. VI.

4 Une plaque de ce type a été récemment acquise par le musée du Louvre, inv. AO 31015, ancienne collection Erlenmeyer (P. Amiet, La glyptique mésopotamienne archaïque, Paris, 1980, no 1225).

5 H. Frankfort, op. cit. n. 2, pl. 105, et OIP, LX : More Sculpture from the Diyala Region, 1943, pl. 62.

6 La présence d’un couple est courante.

7 Lorsque ce paquet est strié à l’horizontale, il s’agit peut-être d’un entassement de galettes.

8 La bière et le pain sont des aliments de base des Sumériens, comme il apparaît dans L’Épopée de Gilgamesh : « Mange le pain, Enkidu, il le faut pour vivre ; bois de la bière, c’est l’usage du pays » (trad. R. J. Tournay et A. Shaffer, Paris, 1994, p. 67). La bière sera même divinisée sous le nom de Siris (J. Bottéro et S. N. Kramer, Lorsque les dieux faisaient l’homme, Paris, 1993, p. 489).

9 Par comparaison avec d’autres plaques (H. Frankfort, op. cit. n. 5, pl. 65, Tell Agrab).

10 C’est l’opinion défendue par H. Frankfort, op. cit. n. 5, p. 45.

11 Sur les quelque 120 exemplaires connus, environ une cinquantaine a été retrouvée dans des édifices cultuels.

12 Selon P. Amiet, op. cit. n. 4, p. 130, c’est une offrande royale, sanctifiée par la divinité et assurée de la protection divine, en cas de guerre.

13 D. P. Hansen, op. cit. n. 3, pp.  145-166.

14 La cheville qui fut employée pour le relief présenté ici était si grosse qu’elle a fissuré la pierre.

Bibliographie

H. Frankfort, T. Jacobsen et C. Preusser, OIC, 13 : Tell Asmar and Khafaje, 1932, pp. 95-98 et fig. 44-45.

H. Frankfort, OIP, XLIV : Sculpture of the Third Millenium B. C. from Tell Asmar and Khafâjah, 1943, p. 76 et pl. 107, et pp. 43-48 (plus général).

C. L. Woolley, « Excavations at Ur, 1926-7. Part II », The Antiquaries Journal, VIII, 1928, pp. 18-19 et pl. V 1.

—, Ur Excavations, II : The Royal Cemetery, Oxford, 1934, pp. 37, 376-377 et pl. 181.

J. Boese, Altmesopotamische Weihplatten, Berlin et New York, 1971, p. 172 et pl. V, CT 2 (Khafadjé), p. 189 et pl. XXI, U 1 (Ur).