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Le sceau-cylindre fut une invention de l’administration de l’Uruk récent, précédant de peu celle de l’écriture. Il était la marque d’un contrôle ou d’une transaction [p. 60]. Apparu en même temps à Uruk et à Suse, sous la forme d’un petit rouleau gravé en creux, il supplanta les cachets de la glyptique archaïque, car il permettait un déroulement continu de l’empreinte sur de larges surfaces en argile, ainsi qu’une individualisation plus grande des marques de propriété ou des niveaux de responsabilité1, grâce à des représentations plus complexes. Il servit dans ses débuts à sceller des fermetures de toutes sortes2. Les seuls cachets à rester en vigueur avaient la forme de calottes sphériques et de plaquettes carrées, ou bien étaient zoomorphes3, figurant souvent des animaux couchés. Ils attestent, tout comme les bas-reliefs miniatures des sceaux-cylindres, du développement de la sculpture à l’époque proto-urbaine.

Une série particulière de sceaux-cylindres officiels apparaît à l’époque de Djemdet Nasr, vers 3000 av. J.-C., dans le dépôt appelé Sammelfund d’Uruk III, permettant d’en dater d’autres de provenance incertaine, comme celui qui est présenté ici. De grande taille4, ils comprennent souvent au sommet un système de préhension en forme de crête5 ou de petit animal, exécuté dans un autre matériau6 – bélier en cuivre le plus souvent -, perforé latéralement pour la suspension. C’est le cas ici. Le sceau, ainsi porté, avait les vertus d’une amulette aux propriétés apotropaïques.

Ces sceaux représentent le roi-prêtre7, occupé à défaire les ennemis8, à chasser le taureau9, ou, plus souvent, assumant sa fonction religieuse de prêtre de la déesse Inanna en des scènes de rencontre10 où il est son époux divin ; il nourrit également son troupeau, avec des épis ou des rameaux végétaux garnis de fleurs en forme de rosace à huit pétales. Ce troupeau sacré est avant tout composé d’ovins11 : béliers, brebis, moutons. C’est encore le cas ici. L’appartenance des animaux à Inanna est indiquée par les hampes bouclées à banderole, idéogrammes de son nom, qui encadrent la scène. Dans cette activité nourricière, le roi-prêtre figure parfois de profil, suivi d’un petit acolyte12. La composition est ici particulièrement soignée13, car elle joue à la fois de la symétrie et d’une construction oblique inversée pour les branches et les animaux, de part et d’autre de la figure centrale du roi-prêtre en position de Maître des animaux [8].

Le site de Djemdet Nasr a livré une série de sceaux schématiques, contemporains d’Uruk IV et d’Uruk III. Exécutés à la bouterolle14, ils représentent souvent des femmes agenouillées sur des nattes ou des estrades, absorbées par des travaux de textile ou de poterie15. La bouterolle est employée également ici, mais de façon très discrète, pour l’épaule, le chignon, le mollet du personnage, sans nuire au beau modelé sculptural.

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1 Le sceau n’est pas toujours la marque de personnes privées ; il est aussi la marque d’une administration qui distingue une hiérarchie de responsabilités.

2 « Il est vrai que plus tard des empreintes de sceaux ont servi de signature, pour témoigner d’une opération juridique ou simplement pour marquer la présence du propriétaire du sceau, lors de l’une ou l’autre transaction. Mais, dans les premiers temps, le sceau-cylindre fut employé surtout pour sceller les fermetures de toutes sortes. Il est donc uniquement utilisé pour la sécurité de biens économiques ou pour en garantir l’intégrité » (H. J. Nissen, « L’invention de l’écriture cunéiforme : les tablettes archaïques d’Uruk », cat. exp. En Syrie. Aux origines de l’écriture, Bruxelles, 1997, p. 27).

3 P. Amiet, La glyptique mésopotamienne archaïque, Paris, 1980, nos 163-165, 168 ; une importante série a été retrouvée à Tell Brak.

4 Et rarement perforés dans le sens de la longueur.

5 P. Amiet, op. cit. n. 3, nos 629, 640.

6 P. Amiet, op. cit. n. 3, nos 632, 637 ; D. Collon, First Impressions. Cylinder Seals in the Ancient Near East, Londres, 1987, no 12.

7 Le quadrillage de la jupe est une caractéristique de l’époque de Djemdet Nasr. Ici, la jupe est courte et non transparente, contrairement aux autres sceaux.

8 P. Amiet, op. cit. n. 3, nos 660-661 ; D. Collon, op. cit. n. 6, no 743.

9 D. Collon, op. cit. n. 6, no 683.

10 P. Amiet, op. cit. n. 3, nos 646-651.

11 Les bovins peuvent, mais rarement, faire partie du troupeau sacré. Cf. P. Amiet, op. cit. n. 3, no 629.

12 P. Amiet, op. cit. n. 3, nos 637, 639-640.

13 Mais malheureusement le sceau est cassé dans le bas.

14 Outil qui creuse dans la pierre des trous en forme de cupules.

15 P. Amiet, op. cit. n. 3, nos 330-338.

Bibliographie

A. Moortgat, Vorderasiatische Rollsiegel, Berlin, 1940, p. 87, no 29, pl. 5.

D. Collon, First Impressions. Cylinder Seals in the Ancient Near East, Londres, 1987, no 6.

—, Near Eastern Seals, Londres, 1990, no 29.

E. Klengel, dans cat. Das Vorderasiatiscbe Museum. Staatliche Museen zu Berlin, Mainz, 1992, no 14.