RETOUR AU SOMMAIRE

La métallurgie proprement dite1 commence au Proche-Orient par le travail du cuivre. Les premières fontes remontent au ive millénaire. En Palestine, le niveau atteint est immédiatement remarquable [7]. En Iran, les premiers objets de métal, coulés dans des moules monovalves2, sont de forme simple, et la fonte à la cire perdue n’est employée qu’à partir du dernier tiers du ive millénaire av. J.-C., à l’époque de l’Uruk récent, pour la fabrication de petits objets dont les plus connus sont les épingles de Suse, terminées par de véritables sculptures en miniature représentant quelques rares figurines humaines3 et surtout des animaux, bouquetin, chèvre et son petit, félins divergents, oiseaux – seuls ou posés sur une main fermée.

À la même époque, le polymétallisme se répand avec le travail du plomb, de l’argent et de l’or. Mais l’orfèvrerie reste encore rare au ive millénaire4. Le petit chien de Suse en or fait donc figure d’exception5.

Toutes les techniques métallurgiques connues à l’Uruk récent ont participé à sa réalisation. Une ébauche du corps a d’abord été fondue à la cire perdue, ménageant au centre un noyau d’argile pour économiser le métal. Étirage à chaud et travail à la pince, au cours des recuits successifs de la pièce6, vont ensuite permettre de préciser les oreilles pointues, le museau allongé, les pattes, et d’enrouler la longue queue sur la croupe7. Les détails du pelage et les stries du collier en bourrelet autour du cou sont indiqués par ciselure. Mais c’est dans la fixation de l’anneau de suspension, ou bélière, destiné à faire de l’animal un pendentif que réside la véritable prouesse technique. Le défi était d’éviter que les éléments ne se mettent à fondre lors de leur assemblage. Difficulté déjouée par les orfèvres du ive millénaire. En effet, les analyses ont montré que, au point de jonction entre la statuette et l’anneau, la composition du métal change : le paillon de brasure révèle un alliage d’or de 15 à 20 % d’argent et de 5 à 6 % de cuivre8, dont la température de fusion est inférieure à celle des pièces à solidariser. La soudure se fait donc sans porter atteinte à l’intégrité de l’objet. Elle en est jusqu’à présent le plus ancien témoignage connu. Les autres alliages qui existent à la même époque sont des alliages cuivre-plomb, cuivre-arsenic, cuivre-arsenic-antimoine et cuivre-arsenic-nickel [7].

Le chien a été largement représenté dans l’art susien, sous deux espèces principales : le sloughi9, un lévrier, haut sur pattes, au corps maigre et étiré, peint sur les boisseaux et les coupes par les céramistes de Suse I, et le chien trapu au corps massif, aux pattes courtes, aux oreilles dressées et à la queue retournée, figuré ici et sur une autre pendeloque minuscule, en argent10 ; ce second type devait être le compagnon quotidien de l’homme, peut-être comme chien de berger, car il porte un collier11.

—————————

1 Elle fait intervenir la fonte d’abord du métal natif puis du métal obtenu par réduction du minerai.

2 Exemples des miroirs et des haches plates retrouvés dans les tombes de Suse I. Le site de Tépé Ghabristan a livré un atelier de métallurgiste [p. 53].

3 F. Tallon, Métallurgie susienne, I, Paris, 1987, nos 987-988.

4 Elle s’épanouira surtout au iiie millénaire.

5 La petite tête de loup en électrum provenant d’une tombe de Tépé Gawra de l’époque de Djemdet Nasr, qui s’en rapproche le plus, est d’exécution plus simple. Cf. A. J. Tobler, Excavations at Tepe Gawra, II, Philadelphie, 1950, pl. LIX, b.

6 L’objet est exposé à la chaleur pour rendre le métal plus malléable.

7 Les surépaisseurs observées dans l’arrière-train et la queue indiquent que, dans cette zone, un apport de matière fut nécessaire.

8 Alors qu’il est partout ailleurs à 10 % d’argent et à 1 à 2 % de cuivre.

9 Également présent à la fin de l’époque d’Obeid sur les cachets de Tépé Gawra.

10 F. Tallon, op. cit. n. 3, no 1162.

11 C’est la même race qui figure comme bélière d’un cylindre de cuivre et sur une pendeloque de calcaire conservés au musée du Louvre (inv. AO 28292 et Sb 6901).

Bibliographie

R. de Mecquenem, « Fouilles de Suse, 1933-1939 », MMAI, XXIX, 1943, p. 17.

P. Amiet, Élam, Auvers-sur-Oise, 1966, fig. 39.

F. Tallon, Métallurgie susienne, I, Paris, 1987, no 1161.

A.-R. Duval, C. Éluère, L. Hurtel et F. Tallon, « La pendeloque au chien de Suse. Étude en laboratoire d’une brasure antique », Revue du Louvre, 1987, 3, pp. 176-179.

C. Éluère, « Orfèvres du ive millénaire à Suse. La pendeloque au petit chien », Techné, 7, 1998, pp. 18-20.