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Si Tépé Gawra, en Mésopotamie septentrionale, reste le grand site de référence pour la connaissance de la glyptique à la fin de l’époque d’Obeid, pour avoir livré une abondante série de 600 cachets et empreintes, au décor très varié, les fouilles menées dans les nécropoles du Luristan1, ont aussi permis de replacer dans leur contexte archéologique réel des sceaux à l’origine imprécise2 et de faire apparaître que cette région d’Iran, avant de pratiquer la métallurgie, appartenait à une sphère culturelle qui s’étendait de Tépé Gawra à la plaine de Susiane, où le Luristan exporta aussi sa glyptique3. Tous les sceaux d’alors adoptent la forme d’amulettes ou de cachets4. Le sceau-cylindre ne sera inventé qu’à l’époque d’Uruk.

Les sceaux du Luristan sont de deux types : calottes de section hémisphérique ou hémisphéroïde, à surface plane circulaire, avec trou latéral, comme ici ; cachets-boutons circulaires ou rectangulaires, munis d’une bélière à l’arrière5. Ils sont perforés, car ils étaient portés en parure. La pierre la plus couramment employée pour leur fabrication était, comme à Tépé Gawra, la chlorite, facile à travailler, de couleur noire, vert foncé ou gris-vert.

Le décor des sceaux de la période est soit schématique, avec des quadrillages, des chevrons ou des zigzags, soit, plus rarement, d’inspiration naturaliste. Il représente dans ce cas des animaux, seuls ou associés à un personnage qui, en position centrale, les dompte ou plutôt règne sur eux : en effet, il ne les empoigne pas, mais étend ses bras à demi, dans une attitude symbolique de protection. Les mains de ce héros n’ont que trois doigts [fig. 18].

La composition symétrique de ces cachets à décor figuré est toujours soignée, manifestant par son foisonnement une « horreur du vide » qui s’exprime dans des petits motifs de remplissage. Toutes ces caractéristiques se retrouvent sur le sceau considéré ici, où un personnage domine deux paires de serpents et deux petits quadrupèdes disposés la tête en bas, avec étoile et signes en V dans le champ. Ce héros n’est jamais complètement humain. Sa tête évoque ici celle d’un bouquetin ou d’une chèvre sauvage à grandes cornes striées et à barbiche. Fréquent dans la glyptique6, cet être à tête cornue existe également dans la céramique peinte de Suse I7.

S’agit-il d’un chasseur qui revêt une coiffure pour se concilier le monde animal ou d’une créature mythologique appelée parfois « dieu-ibex8 » ? Cette figure divine archaïque pouvait d’ailleurs être incarnée, en certaines occasions, par des êtres humains, « prêtres » ou sorciers, qui portaient alors un masque ou une coiffe cornue. Elle préfigure le futur Maître des animaux qui dompte le monde sauvage, et peut-être aussi le futur dieu élamite aux serpents et aux eaux jaillissantes du iie millénaire.

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1 Par Louis Vanden Berghe, en 1971 et 1972 à Hakalan, en 1973 à Dum Gar Parchinah.

2 Tels que ceux de la collection Mohsène Foroughi, dont faisait partie l’exemplaire présenté ici.

3 Par exemple à Suse, à l’époque de Suse I (P. Amiet, La glyptique mésopotamienne archaïque, Paris, 1980, pl. 115, notamment, nos 1538-1539, pour les exemplaires avec personnages, et no 1542, pour un modèle avec sanglier).

4 Leur apparition remonte au néolithique.

5 Ils sont illustrés dans P. Amiet, op. cit. n. 3, pl. 116-117.

6 P. Amiet, dans cat. exp. Bas-reliefs Imaginaires de l’ancien Orient, Paris, 1973, nos 56, 69-70 ; et op. cit. n. 3, nos 118-120, 146, 149-150.

7 Exemple de la coupe du musée du Louvre Sb 3144 (P. Amiet, Élam, Auvers-sur-Oise, 1966, fig. 16).

8 R. Barnett, « Homme masqué ou dieu-ibex ? », Syria, XLIII, 1966, pp. 259-276. 

Bibliographie

P. Amiet, dans cat. exp. Bas-reliefs imaginaires de l’ancien Orient, Paris, 1973, no 68.

—, « Quelques aspects peu connus de l’art iranien. À propos des dons de M. Mohsène Foroughi », Revue du Louvre, 4/5, 1973, pp. 215-222.

 

A. J. Tobler, Excavations at Tepe Gawra, II, Philadelphie, 1950, pl. CLXIII, no 81 et pl. CLXIV, nos 94-96 et 101-102 (pour comparaison).