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La période chalcolithique fut particulièrement florissante au Levant sud, notamment dans le Néguev septentrional, près de la ville de Beersheba, qui a donné son nom à la culture de cette région. Cette richesse permit le développement d’artisanats spécialisés [7]. Un des plus remarquables, celui de l’ivoire, a pour sites de référence Safadi et Abu Matar. Les objets, retrouvés dans des habitations souterraines, révèlent un savoir-faire nouveau dans la taille des longues défenses d’hippopotame1, qui autorisent l’exécution de pièces de grande dimension. Le travail était réalisé sur place, avec des outils assez rudimentaires, en silex le plus souvent. Les statuettes humaines en sont les témoignages les plus spectaculaires.

Leur forme est induite par le matériau, relativement étroit. Le mode de fabrication est toujours le même : un trait de scie pour séparer les jambes, des perforations au foret pour détacher en pointillé les bras du corps. Puis la pièce était travaillée à la pointe, avant d’être polie. Ce procédé fige la plupart des statues dans une même attitude : bras parallèles au corps, mains perpendiculaires aux bras, tournées vers le ventre, en « cassant le poignet », selon l’expression de J. Perrot. Les figurines sont toujours nues ou presque2, et les signes sexuels sont bien marqués. Les fesses sont placées un peu haut, et le renflement des mollets est accentué.

L’homme représenté ici constitue l’exemplaire le plus grand de toutes ces statues. Son système pileux devait être rapporté dans un autre matériau, comme l’indique le piquetage à l’emplacement de la barbe et autour de la tête. La petite dépression au sommet de celle-ci accueillait peut-être une coiffure3. Dans les orbites, à présent vides, étaient introduits des yeux4.

La femme, qui est enceinte, a été surnommée la Vénus de Beersheba. Les perforations du triangle pubien, remplies de bitume, font référence à la pilosité. Les cuisses sont disproportionnées par rapport aux mollets, et un des pieds, plus fort que l’autre, était, selon le fouilleur, inséré dans un support.

Bien qu’acéphale, la Vénus devait offrir un visage identique aux autres : sur une face très plate, où la bouche est toujours absente, le nez, très proéminent, a la forme d’un cône. Cette stylisation du visage se retrouve sur la porteuse de « baratte » en céramique de Gilat [fig. 23], et sur un sceptre de cuivre du « trésor » de Nahal Mishmar5. Il y a donc, dans la culture de Beersheba, une conception commune de la représentation humaine.

La signification de ces statues anthropomorphes n’a pas été éclaircie. Selon J. Perrot et A. Spycket, il s’agirait d’orants6 dont les figures de comparaison se trouveraient, curieusement, plus en Iran qu’en Égypte.

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1 Les incisives de l’animal pouvaient atteindre 60 cm de longueur. L’hippopotame faisait partie de la faune locale. Il est encore attesté dans les lagunes ou les marécages de la plaine côtière, au IIIe siècle de notre ère.

2 Les hommes portant un étui pénien, figuré par des stries sur la statue du Louvre, inv. AO 21406.

3 Selon l’opinion d’Agnès Spycket, cette dépression servait peut-être à recevoir des offrandes de grains.

4 Une petite perle d’ivoire, qui pouvait en faire office, a été retrouvée près de la statue masculine.

5 P. Bar-Adon, The Cave of the Treasure, Israël Exploration Society, Jérusalem, 1980, p. 49, no 21.

6 J. Perrot, « Statuettes en ivoire et autres objets en ivoire et en os provenant des gisements préhistoriques de la région de Béershéba », Syria, XXXVI, 1959, p. 19  ; A. Spycket, La statuaire du Proche-Orient ancien, Leyde et Cologne, 1981, p. 23.

Bibliographie

J. Perrot, « Statuettes en ivoire et autres objets en ivoire et en os provenant des gisements préhistoriques de la région de Béershéba », Syria, XXXVI, 1959, pp. 8-19, pl. II. 

—, « La “Vénus” de Beersheva », Eretz-Israël, 1969, pp. 100-101 et pl. XIII.

—, « Les ivoiriers de Beersheba », Les dossiers d’archéologie, 203 : Sur les rives du Jourdain avant Abraham, mai 1995, pp. 60-63.

A. Spycket, La statuaire du Proche-Orient ancien, Leyde et Cologne, 1981, pp. 21-23.

R. D. Barnett, Qedem, 14 : Ancient Ivoiries in the Middle East and Adjacent Countries, 1982, pp. 23-24, pl. 13c et 14b.